Vous êtes ici : Accueil I & DPC

Initiatives & Développement de Pratiques Collaboratives (I-DPC)

Éditorial
par le Dr Jean-François Thébaut.


thebaut webzine

Dialogue
impression
Lettre DPC & Pratiques n° 58 – Octobre 2011

Dr Eric Bord – Bracelets d’identification et risques d’erreurs

Dr Eric Bord* (consulter la Déclaration publique d’intérêts)

Neurochirurgien – Chef de service de neurotraumatologie – CHU de Nantes
Contact : eric.bord@chu-nantes.fr
 

• Les bracelets d’identification (BI) des patients constituent une barrière efficace aux risques d’erreurs. Où en êtes-vous au CHU de Nantes ?
Nous utilisons des bracelets d’identification depuis 2006, mais seulement pour les patients à risque (les patients opérés) en accord avec les recommandations du comité d’éthique.
En 2009, un presqu’accident s’est produit : un anesthésiste a vérifié le dossier transfusionnel d’un patient qui devait subir une intervention lourde et s’est rendu compte que le dossier ne correspondait pas au patient. Il s’agissait d’une homonymie complète. Une fiche d’événement indésirable a été ouverte et un plan d’amélioration de la qualité (PAQ), strictement orienté identito vigilance (IV) a été déclenché.
 
Dans un premier temps nous avons constaté que très peu de moyens étaient dédiés à l’IV (0.3 équivalent temps plein). Le PAQ a alors été orienté selon plusieurs axes : structuration de l’IV dans l’établissement, réécriture des procédures et des modes opératoires, développement de l'utilisation des bracelets pour tous les services MCO. Nous avons aussi mis en place deux niveaux d’action : un niveau stratégique animé par un membre de la CME et comprenant des représentants des différents corps de métier de l’hôpital, et un niveau opérationnel dont la mission est double : faire appliquer les décisions du niveau stratégique et assainir les bases informatiques. Nous avions constaté en effet que les bases comportaient un certain nombre de doublons (un patient unique ayant plusieurs dossiers ouverts) et des collisions (deux patients ayant le même identifiant). Parallèlement la direction a dégagé des moyens (2 équivalents temps plein).

• Pouvez-vous développer les axes du PAQ ?
Tout d’abord, nous avons des règles simples d’identification des patients qui reposent sur 5 critères : indication du nom, du nom de jeune fille éventuel, du prénom, de la date de naissance, de l’adresse, mais également du lieu de naissance. Nous avons mis en place des règles de bon sens (ne pas mettre des patients qui ont le même nom dans la même chambre) et institué des règles de saisie informatique (gestion des « ç », des tirets pour les noms composés, etc.).
Ensuite, nous avons réécrit le mode opératoire d’utilisation des bracelets et changé le modèle de bracelet pour que l’étiquette identifiant le patient ne se décolle pas au moment de la douche par exemple.
Enfin, sur les feuilles d’entrée des patients, nous avons demandé d’inscrire si le bracelet avait été posé ou non, si l'information avait été donnée au patient et si son consentement avait été recueilli.
En même temps, l'analyse de la base informatique a montré que sur les deux millions de patients enregistrés, il existait 2 % de doublons (il se crée 4 doublons par jour). Nous avons fait une étude sur l'utilisation systématique des bracelets dans trois services (neurotraumato, réanimation et service d’orthopédie à orientation « urgences »).
 
• Quels résultats avez-vous obtenus dans les services ?
Les résultats sont intéressants dans la mesure où l’enquête montre que les patients sont plus réceptifs à la pose des BI que les soignants. A la question concernant la généralisation des BI, les patients sont « tout à fait d’accord » ou « d’accord » dans 83 % des réponses, alors que le niveau d’accord pour les soignants n’atteint que 46 %. Ces réponses sont à confronter avec les orientations des services dans lesquels l’enquête a été réalisée. Ainsi, quand une infirmière de réanimation s’occupe de deux patients, elle voit moins l’intérêt d’un BI alors même que son patient peut être amené dans un service de radiologie par exemple dans lequel il n’est pas connu. Par ailleurs nous avons aussi eu des réponses négatives faisant référence à des barrières culturelles (risque de « marquage » des patients).

• Quelle a été la suite donnée à la généralisation des BI ? 
A la suite de ce travail, nous avons présenté un dossier au comité d’éthique pour généraliser les bracelets à l’ensemble des patients. Le comité a donné son accord avec quelques restrictions (pas de bracelet pour les patients hospitalisés en psychiatrie ni en unités de longue durée, information du patient et traçabilité de l’utilisation du bracelet).
Nous avons alors programmé la généralisation du bracelet et réalisé un kit de formation et d’information. Toutes les unités de soin, les brancardiers, les ambulanciers, les personnels administratifs ont reçu une information et un kit d’identito vigilance. Nous sommes allés expliquer à tous les conseils de pôles l’enjeu de la généralisation du BI.
Dans le hall de l’hôpital, les écrans d’information ont diffusé le message. Enfin, il existe maintenant un affichage de cette information dans chaque service. Le « top départ » officiel de la généralisation a été fixé au 19 septembre 2011 mais un certain nombre de service ont anticipé l’opération.
Dans tous les cas, le BI n'est mis en place qu'après accord du patient, après information, un refus du patient étant toujours possible et devant être respecté.

• Quels indicateurs de suivi avez-vous identifiés ? 
Nous allons suivre cette action en utilisant plusieurs indicateurs de suivi : le nombre d’événements indésirables recueillis (en 2010, il y a eu 40 événements déclarés), le nombre de doublons dans la base informatique, la mise en place de séances de RMM consacrées à l’identito vigilance.

 

* Propos recueillis par le Dr Jean Brami – HAS.

 

Les propos tenus dans cet article sont sous la responsabilité de leur auteur.



>> Sommaire

 

Mis en ligne le 03 Oct 2011

0 Commentaire Ajouter le votre

Donner son avis





La HAS se réserve le droit de ne pas publier tous les commentaires postés.

@HAS_sante

Il y a 6 jours
Appel à candidature en vue du renouvellement d'un membre de la CNEDiMTS > http://t.co/qGG63rIXm8
Il y a 6 jours
#JFR2014 : découvrez l'actualisation du dossier spécial Imagerie médicale sur le stand et le #webzine @HAS_sante : http://t.co/nqcebso5PY
Tweet