DPC
Retour d'expérience
Le développement professionnel continu (DPC) des sages-femmes
• Quelles sont les principales missions d’une sage-femme ?
Le cœur de métier d’une sage-femme, c’est le suivi de grossesse, l’accouchement et la naissance. Nous préparons aussi le couple à la naissance d’un enfant et nous assurons le suivi d’allaitement et la rééducation postnatale. Notre champ d’action, c’est la périnatalité. Enfin, depuis la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST), nous pouvons être amenées à assurer le suivi gynécologique de la femme bien portante et sa contraception.
La sage-femme exerce une profession médicale. En France, il y a un peu plus de 20 000 sages-femmes. Elles sont en majorité employées comme salariées dans des hôpitaux ou des cliniques privées. Seules, 2 500 d’entre elles exercent en libéral.
• Comment votre profession compte-t-elle s’impliquer dans le développement professionnel continu (DPC) ?
Le DPC est une nouveauté pour nous. Jusqu’à présent nous étions assujetties à la formation médicale continue (FMC). En revanche, les sages-femmes n’avaient aucune obligation en matière d’évaluation des pratiques. A mon sens, la première action consistera à informer sur ce nouveau dispositif. En effet, beaucoup de sages-femmes n’ont pas encore intégré ce qu’impliquait le DPC. C’est un véritable changement de culture qui est demandé à la profession. Il est question d’évaluation, à réaliser chaque année, cela peut paraître lourd et même compliqué au premier abord. Et cela peut engendrer quelques craintes.
Aujourd’hui, ce sont plutôt les contraintes et la lourdeur du dispositif qui sont identifiées. Mais quand on commence à s’engager dans la démarche, on repère vite les bénéfices que cela peut engendrer. L’évaluation est nécessaire. Nous allons apprendre à identifier ce que l’on fait bien et ce que l’on pourrait faire mieux. Les pratiques vont évoluer.
• Concrètement, comment les sages-femmes vont-elles entrer dans cette nouvelle démarche ?
L’engagement dans le processus sera plus simple pour les sages-femmes qui sont employées dans les hôpitaux ou cliniques. En fait, elles font déjà du développement professionnel, même si, aujourd’hui, ce n’est pas identifié comme tel. En effet, dans les hôpitaux il y a des revues de morbi-mortalité, il y a des réunions de staffs, etc. auxquelles elles participent. Et toutes ces démarches font parties du DPC.
Cela va être plus compliqué pour les sages-femmes libérales. C’est réellement une nouvelle démarche pour elles. Et nous n’en sommes qu’aux prémisses. En effet, les décrets d’application viennent tout juste d’être publiés. Il reste, avant de se lancer dans cette démarche, diverses étapes qui ne dépendent pas de la profession. Les membres des commissions ne sont pas encore nommés, par exemple, nous sommes donc encore un peu dans le flou. Toutefois, il existe déjà, sur le terrain, des expériences de formation. Et la mise en œuvre du DPC s’appuiera sur ces expériences qui ont déjà apporté la preuve de leur efficacité. Et, il s’agit là de démarches simples comme la mise en place d’une prévention et d’une prise en charge sur le thème « alcool et grossesse » qui est tout à fait dans le registre du travail interprofessionnel pour l’amélioration de la sécurité du patient.
• Quelles sont les étapes qui vont permettre l’application effective du décret sur le DPC ?
A ce stade, les grandes étapes n’ont pas été identifiées. C’est prématuré. Aujourd’hui, un groupe de travail DPC s’est mis en place. Il est managé par la HAS. Il est composé entre autres, de sages-femmes qui travaillent dans la formation professionnelle continue, de la société savante et de représentants du Conseil de l’ordre des sages-femmes. Des réunions sont organisées. Le travail de ce groupe en est aux prémisses. Il décortique actuellement les décrets afin de bien comprendre ce qui sera demandé à la profession. Il tente aussi d’identifier les actions qui fonctionnent bien sur le terrain. Des expériences de DPC, en France et dans d’autres pays d’Europe sont exposées. Cela donne des pistes de réflexion.
Les membres du groupe se réuniront jusqu’à ce que le travail ait abouti. Cela avance vite, même s’il existe des freins : les membres des différentes commissions du DPC ne sont pas encore nommés et le financement du dispositif n’est pas encore défini.
• Pourriez-vous décrire un exemple d’expérience qui sans être du DPC pourrait s’y apparenter ?
Le plan césarienne rouge, par exemple, est une démarche mise en œuvre pour les césariennes à réaliser en extrême urgence. Il s’agit d’un travail pluridisciplinaire mené dans les hôpitaux. Le rôle de chacun des intervenants est décrit ainsi que les différentes étapes de la prise en charge de la patiente sur laquelle une césarienne sera pratiquée : l’anesthésiste devra être présent, la sage-femme devra avoir sondé la patiente, l’infirmière devra avoir préparé le bloc, etc. Ce plan a été élaboré au niveau national. Il s’agit d’une expérience vraiment enrichissante. Chacun des professionnels concernés a pu identifier, dans cette situation d’urgence, les leviers à faire bouger pour sécuriser la prise en charge de la patiente. Les professionnels ont travaillé ensemble pour déterminer comment articuler intelligemment cette prise en charge.
Frédérique Teurnier* (consulter la déclaration publique d'intérêts)
Présidente d’honneur du Collège national des sages-femmes
* Propos recueillis par Arielle Fontaine – HAS.
Les propos tenus dans cet article sont sous la responsabilité de leur auteur.
Lettre DPC & Pratiques n°63, mars 2012.
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