DPC
Retour d'expérience
Bilan d’une expérimentation d’EPP pour les chirurgiens-dentistes
• Vous avez mené une expérimentation pour mettre en place un référentiel d’autoévaluation au sein des cabinets dentaires, en quoi consiste cette action ?
Cette expérimentation s’est déroulée sur deux années. Elle s’est achevée en 2010. Nous avons élaboré, avec l’URML de Bretagne et celle du Nord-Pas-de-Calais, un « référentiel d’environnement de soins ». Il s’agit d’un outil d’autoévaluation des cabinets libéraux. Ce référentiel a été conçu avec une volonté de transversalité, il permet ainsi d’évaluer, dans un cabinet dentaire ou une autre structure médicale, tout ce qui concerne l’environnement de soins, c’est-à-dire, l’infrastructure, la sécurité, l’hygiène, le parcours du patient, et les actions d’amélioration continue de la qualité...
• Quel est l’objectif de cette action ?
L’objectif était d’élaborer un outil pour évaluer et améliorer les pratiques professionnelles dans les cabinets dentaires. L’outil a été expérimenté en Ille-et-Vilaine auprès de 50 praticiens. Les confrères, aidés méthodologiquement, ont « photographié » leur activité à un instant « T » et l’ont confrontée au référentiel, ils ont ensuite dégagé des pistes d’amélioration de leur pratique. Ils ont mis en place des actions pour progresser dans la démarche d’amélioration de la qualité des soins. Les professionnels et leurs personnels impliqués dans cette expérimentation étaient très motivés et ils ont tous souhaité poursuivre cette action.
• Avez-vous constaté une amélioration de vos pratiques, suite à la mise en place de ce référentiel ?
Oui, nous avons effectivement constaté une nette amélioration de nos pratiques suite à cette autoévaluation. Une forte progression a notamment été observée sur le champ de la sécurité (+ 13 %) et de l’infrastructure (+ 8 %). L’amélioration a été moins marquante en matière d’hygiène et d’asepsie, mais cela est dû au fait que dans ce domaine, le niveau de départ était déjà très élevé. Nous avons néanmoins observé une progression de 5 %.
Là où il existe encore des marges de progrès c’est sur l’aspect « retour du patient ». Concrètement, les échanges pourraient être améliorés de façon à évaluer le niveau de satisfaction des patients quant à leur prise en charge, à l’accueil qui leur a été réservé, etc.
• Selon vous, ces actions d’évaluation s’apparentent-elles à des démarches de développement professionnel continu ?
Cette expérimentation pourrait effectivement être validée au titre du développement professionnel continu. A mon sens, nous faisons du DPC sans l’avoir au préalablement nommé ni identifié comme tel. EPP, DPC, les termes changent, mais il s’agit en fait d’entrer dans un processus d’amélioration continu de nos pratiques. Cette expérimentation pourrait être dupliquée sur le territoire national. Et pour que cette démarche soit reconnue au titre du DPC, il conviendrait, je crois, que nous puissions aussi « dupliquer les ressources humaines ». En effet, nous avons formé des chirurgiens-dentistes animateurs pour mener à bien cette expérimentation, mais il faudrait pouvoir en former beaucoup plus pour pérenniser cette démarche au titre du DPC, sur le territoire national.
• Pourriez-vous donner des exemples de pratiques qui ne sont pas identifiées aujourd’hui comme du DPC mais qui pourraient dans l’avenir être validées à ce titre ?
Nous travaillons beaucoup en situation de simulation. Ainsi, nos confrères et consœurs étudiant(e)s, s’entraînent sur des « fantômes ». Il s’agit de « faux patients » qui possèdent des mâchoires en plâtre et des joues en caoutchouc et qui présentent toutes les caractéristiques des vrais patients à part une certaine passivité… Ils ont des dents naturelles ou en résine sur lesquelles les étudiants s’entraînent. Tous nos travaux pratiques, en formation initiale et en formation continue prévoient un travail sur de « faux patients ». Nous pouvons, par exemple, réaliser des travaux pratiques de sutures ou d’implants, sur des mâchoires de porc.
A mon sens, certaines de ces expériences pourraient tout à fait être prises en compte au titre du développement professionnel continu.
• Quelles sont les spécificités du métier de chirurgiens-dentistes et comment celles-ci devraient-elles être prises en compte dans le cadre du DPC ?
La profession de chirurgien-dentiste est un métier d’une grande exigence : les technologies sont en constante évolution et physiquement, nous avons beaucoup de ce que nous appelons les « heures au fauteuil ». C’est un métier stressant. La formation est très importante pour notre profession, et il y a depuis très longtemps, en la matière, une exigence de performance. La mise en place du DPC peut d’ailleurs paraître superflue pour nombre de confrères et consœurs, et il peut même y avoir certaines réticences à changer un système, qui pour notre profession, fonctionnait très bien.
Une autre spécificité de ce métier, c’est d’être isolé. Le DPC pourra représenter un atout, il fera sortir les chirurgiens-dentistes de leur cabinet.
Les « heures au fauteuils » occupent une grande partie de l’activité du chirurgien-dentiste, de même que les aspects administratifs de la gestion d’un cabinet. L’organisation du DPC devra tenir compte de ces spécificités.
Il me semble que notre Collège de bonnes pratiques pourrait être l’autorité qui gère la méthodologie organisationnelle et documentaire du dispositif de DPC. Cela permettrait de disposer d’une ligne directrice claire qui soit définie sur tout le territoire national. Et cela éviterait qu’il y ait différentes interprétations de ce qu’il convient de faire pour entrer dans cette démarche d’amélioration de nos pratiques.
Serge Deschaux* (consulter la déclaration publique d'intérêts)
Conseiller technique – Confédération nationale des syndicats dentaires (CNSD) en charge de la qualité et de la sécurité des soins – Directeur de l'Observatoire national de la santé des chirurgiens-dentistes – Membre du Collège de bonnes pratiques en médecine bucco-dentaire
Contact : deschaux@cnsd.fr
* Propos recueillis par Arielle Fontaine – HAS.
Les propos tenus dans cet article sont sous la responsabilité de leur auteur.
Point de vue sur...
Point de vue du service évaluation et amélioration des pratiques de la HAS (Pierre Trudelle, chef de projet) sur l’article « Bilan d'une expérimentation d'EPP pour les chirugiens-dentistes» (Serge Deschaux)
Conformément au décret concernant le développement professionnel continu (DPC) des chirurgiens-dentistes, celui-ci comporte l’analyse des pratiques professionnelles ainsi que l’acquisition ou l’approfondissement de connaissances ou de compétences.
L’expérimentation régionale présentée répond complètement à l’analyse des pratiques par l’utilisation d’un référentiel qui permet de mesurer des écarts entre la pratique souhaitée et la pratique réalisée. Cette autoévaluation du cabinet dentaire assure une mesure datée et la mise en place d’un plan d’actions dont les résultats ont permis de mesurer des améliorations globales du groupe mais aussi individuellement.
Les « mesures avant-après » sont un moyen simple pour stimuler une pratique réflexive et motiver les professionnels. Pour preuve, les professionnels impliqués dans cette démarche ont souhaité la poursuivre. Ces expérimentations devraient se déployer sur d’autres régions.
L’acquisition de compétence ou de connaissance a été réalisée, comme le précise le décret, soit en tant que formateur pour les chirurgiens-dentistes animateurs qui ont été formés à cette démarche et qui ont animé ce travail. Pour eux, le changement est concret et mesurable. Soit, pour les participants, grâce aux réunions entre pairs permettant de s‘approprier le référentiel. Cet approfondissement des connaissances pourrait également être réalisé par des formations spécifiques suivies par les participants en fonction des résultats de leur autoévaluation. Dans ce dernier cas, nous pourrions dire que l’autoévaluation a été la « porte d’entrée » dans le DPC en identifiant des besoins de formation de manière explicite et argumenté.
L'analyse réflexive portée par le professionnel sur son exercice est réalisée et le praticien structure son développement professionnel sur des données objectives dont il peut évaluer éventuellement les retombées sur son activité ou sur ses patients. La relation entre « Quels sont les changements que je peux réaliser ? » et « Qu’est-ce que je ne connaissais pas et que je fais maintenant ? » peut ainsi être objectivée.
Serge Deschaux décrit également des moyens d’apprentissage « en situation de simulation » sur des « faux patients » ou sur des mâchoires de porc. Cette activité nécessite également d’être connectée à une analyse de sa pratique pour la rendre pertinente avec le DPC.
Il faut noter une différence entre l’acquisition de compétences en formation initiale, qui répond à une exigence d’obtention d’un grade ou d’un diplôme universitaire, et ce qu’il se passe pour le praticien une fois diplômé. L’exigence est alors de maintenir les compétences acquises en formation initiale, de les tenir à jour et éventuellement d’orienter sa carrière dans des directions spécifiques. Mais la simulation en santé est une activité porteuse d’avenir pour le DPC et dans la suite du rapport publié par 2 experts début janvier sur ce sujet, un groupe de travail HAS multiprofessionnel a été constitué et se réunit actuellement afin de pouvoir proposer d’ici la fin de l’année 2012 une méthode de DPC « simulation en santé ». Cette méthode pourra ainsi être utilisée pour intégrer des activités de simulation dans un programme de DPC proposé par un organisme de DPC.
Enfin, il faut signaler que le décret 2011-2115 du 30 décembre 2011 stipule que, pour les années 2011 et 2012, les chirurgiens-dentistes qui ont participé aux « expérimentations d’évaluation des pratiques professionnelles menées avec la Haute Autorité de santé sont réputés avoir satisfait à l’obligation annuelle prévue par le présent décret ».
Lettre DPC & Pratiques n° 65, mai 2012.
2 Commentaires
@HAS_sante
Evaluation de l’efficience par la @HAS_sante : les antihypertenseurs sont-ils équivalents ? http://t.co/X25aujStoe
Commission Nationale d’Évaluation des Dispositifs Médicaux et des Techno. de Santé @HAS_Sante recherche candidats > http://t.co/oBmk8ePJzj





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Bonjour, Ce référentiel semble faire ses preuves au sein des cabinets libéraux. Est-ce le cas dans une structure hospitalière ? Le partage de ce référentiel est-il envisageable ? Vous remerciant,
Quel dommage que la HAS ne s'interesse pas aux départements d'outre mer et à la guadeloupe particulièrement. En effet depuis 2008 des dentistes avaient déjà mis en place un référentiel d'autoévaluation ayant pour base les recommandations de la HAS en matière d'environnement pour la pratique implantaire. J'ai personnellement transmis tout le dossier à M Bodin et Madame Saint Pierre. bien cordialement Jean SABIN Animateur du pôle régional de compétences en éducation et promotion de la santé Instance Régionale pour l'éducation de la santé (IREPS)