Accréditation des médecins
Dialogue
Accréditation des médecins éthique et responsabilité
Dans le contexte d'une médecine fortement technicisée, toute activité de soins renvoie à un processus, à des milieux et des collectifs de travail où l'humain occupe une place centrale. Soigner aujourd'hui, c'est faire d’une décision solitaire un problème solidaire. La chirurgie ne se limite plus à ce qui se passe entre les murs de la salle d’opération.
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| Consulter la déclaration publique d’intérêts de J.Y. Bousigue | Consulter la déclaration publique d’intérêts de F. Haniquaut |
Par Jean-Yves Bousigue (gestionnaire du Collège de neurochirurgie)
et Frédérique Haniquaut (chef de projet à la HAS)
L'éthique, c'est notre vie avec les autres, face à nous même...1
Prévenir, anticiper, récupérer, analyser : le dispositif d’accréditation conduit les acteurs à une vigilance et une responsabilité permanentes au regard de leurs pratiques. Tout changement dans un programme opératoire peut se traduire par l’absence de matériel disponible, un risque infectieux accru du fait de la non préparation du malade ou de l’absence d’antibio prohylaxie.
La pose d’une perfusion - de la prescription à l’administration - est riche de situations à risques et d’événements porteurs de risque de tous ordres : incompatibilités, confusion dans les produits, erreur de groupe en cas de transfusion, manipulations défectueuses des dispositifs entraînant des ponctions septiques ; mauvaise gestion du capital veineux ; débit de perfusion inadapté.
La décision médicale est toujours prise en condition d’incertitude, à chaque fois dans une situation inédite et particulière. La solution n’est jamais prédéterminée à l’avance, mais néanmoins formée par ce qu'il est convenu de désigner de règle de l'art et d'état de la science du moment. L’acte de soins devient la composante d’un processus dont chaque acteur est, à sa place, l’élément d’un réseau organisé autour du malade. Déclarer un événement porteur de risques (EPR) c’est, pour le clinicien, porter son regard sur les organisations et l’humain ; au delà des seuls aspects médicaux, inscrire l’acte dans une activité et dans le déroulement d’une prise en charge.
S’engager dans l’accréditation, c’est accepter de se confronter à sa pratique, d’en affronter les risques, les défaillances, pour les réduire au bénéfice des malades. L’éthique renvoie à un questionnement permanent sur notre comportement, sur nos pratiques, ce que l’acteur est en train de faire. Questionner sa pratique, c'est aussi accepter le risque de s’exposer au regard des autres. C’est surtout une convocation à la responsabilité. Il y a bien sûr la responsabilité formelle – déontologique et juridique – mais également une responsabilité éthique ; c'est-à-dire la responsabilité appliquée, concrète et ancrée dans la réalité : le clinicien face au dilemme de faire ou ne pas faire ; comment faire pour dispenser des soins de qualité sans porter atteinte à la sécurité, tout en répondant aux attentes du malade.
1. KLEIN T. Petit traité d'éthique et de belle humeur. Liana Levy. 2004
Lettre Accréditation des médecins n° 24, juillet/août 2012.
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