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Recommandation de bonne pratique

Accident vasculaire cérébral : méthodes de rééducation de la fonction motrice chez l'adulte

La Haute Autorité de Santé (HAS) a élaboré une recommandation de bonne pratique sur les méthodes de rééducation de la fonction motrice chez l’adulte destinée à l’ensemble des professionnels de santé concernés par la prise en charge des personnes qui ont fait un accident vasculaire cérébral (AVC). Cette recommandation s’inscrit dans le cadre du Plan National « Accidents Vasculaires Cérébraux 2010-2014 » élaboré par le Ministère de la santé et des sports.

L’accident vasculaire cérébral est la 3e cause de décès en France, il est la 1e cause de handicap acquis chez l’adulte. La prise en charge post-AVC - rééducation, réadaptation, réinsertion – a bénéficié ces dernières années de nombreuses évolutions nécessitant l’élaboration de recommandations de bonnes pratiques pour une prise en charge adaptée de l’ensemble des patients. Dans ce contexte, la HAS a d’une part identifié les méthodes et les modalités de rééducation de la fonction motrice susceptibles d’être réalisées chez l’adulte après un AVC. Elle a d’autre part élaboré des recommandations relatives à l’indication et à l’application de ces méthodes lors des phases aiguë (avant le 14e jour post-AVC), subaiguë (entre le 14e jour et 6 mois post-AVC), et chronique (après 6 mois post-AVC).

Commencer la rééducation le plus tôt possible et ne pas se limiter à une seule approche

La HAS a dressé la liste des méthodes de rééducation motrice (méthodes manuelles ou instrumentales) indiquées selon les phases de la prise en charge. Elle a également dressé la liste des méthodes qui n’ont pas encore fait la preuve de leur efficacité. Elle recommande que la rééducation motrice soit mise en place dès que possible, en combinant les différentes méthodes décrites, c’est-à-dire sans se limiter à une approche exclusive, quel que soit le stade de la prise en charge. La mise en place du renforcement musculaire est nécessaire, et travailler sur la rééducation à la marche doit se faire dès que possible. La HAS recommande de miser dès le départ sur l’éducation thérapeutique du patient et de son entourage afin d’optimiser et de pérenniser les résultats de la rééducation, et insiste sur l’importance de la coordination à chaque transfert, changement d’unité ou lors du retour à domicile du patient.

Date de validation
juin 2012

Documents

La reco2clics s'appuie sur les documents suivants :

Recommandation

Argumentaire

 

 

Le contenu suivant reprend l'intégralité de la fiche de synthèse pdf.

 

Sections

 

Objectifs

  • ŸIdentifier les méthodes et les modalités de rééducation de la fonction motrice susceptibles d’être réalisées chez l’adulte après l’AVC.

  • Élaborer des recommandations relatives à l’indication et à l’application de ces méthodes lors des phases aiguë, subaiguë et chronique après l’AVC.

La rééducation de la fonction motrice requiert intensité et continuité

Précocité

AE

  • Il est recommandé de débuter la rééducation motrice dès que possible.

  • À la phase aiguë de l’AVC, chez le patient ne présentant pas d’activité motrice, il est re- commandé de stimuler la fonction sensitive.

B

  • La rééducation fonctionnelle de la marche est recommandée dès que possible, et doit être poursuivie tout au long de l’évolution de l’AVC pour améliorer l’indépendance dans les déplacements.

 

Intensité

B

  • À la phase chronique, le temps d’exercices a un impact favorable sur les performances de la marche.

AE

  • Il est recommandé d’inclure l’effet temps comme une composante importante de la récupération motrice.

 

Continuité

C

  • La rééducation manuelle individuelle est recommandée à tous les stades de la prise en charge.

AE

  • À chaque transfert, changement d’unité de prise en charge du patient, ou lors du retour à domicile, les objectifs poursuivis, les résultats des diverses évaluations et actions réalisées, les éventuels problèmes rencontrés sont transmis aux professionnels qui poursuivront la rééducation.

 

L'efficacité de nombreuses méthodes de rééducation reste à montrer

Validité

L'état actuel des connaissances ne permet pas de conclure sur l'intérêt :

  • des techniques d’apprentissage moteur (motor learning) ;

  • d’une méthode neurophysiologique (Bobath, Brunnström, Kabat, Rood) par rapport aux autres ;

  • du myofeedback pour améliorer la posture, l’équilibre ou la fonction du membre supérieur ;

  • de l’électrostimulation musculaire lors des phases subaiguë et chronique de l’AVC ;

  • de la stimulation électrique fonctionnelle (SEF) pour la récupération du membre supérieur ;

  • de la répétition de tâches à la phase aiguë de l’AVC sur la fonction ;

  • de la répétition de tâches pour le membre supérieur ni pour le transfert assis-debout à la phase subaiguë de l’AVC ;

  • de la répétition de tâches pour le membre supérieur à la phase chronique de l’AVC ;

  • de l’utilisation des plates-formes vibrantes dans le cadre de l’AVC ;

  • de l’entraînement à la marche sur tapis roulant sans support partiel de poids à la phase subaiguë de l’AVC ;

  • de la marche sur tapis roulant sans support partiel de poids à moyen et long terme ;

  • de l’entraînement à la marche sur tapis roulant avec support partiel de poids lors des phases su- baiguë et chronique de l’AVC ;

  • de la contrainte induite du membre supérieur à la phase subaiguë d’un AVC. Elle pourrait avoir un effet délétère à la phase aiguë ;

  • de l’entraînement électromécanique de la marche quand d’autres techniques d’entraînement à la marche sont possibles, lors des phases subaiguë et chronique ;

  • de l’entraînement électromécanique de la marche à la phase chronique ;

  • de la rééducation par mouvements bilatéraux lors des phases subaiguë et chronique post-AVC ;

  • de l’imagerie mentale de tâches motrices à la phase subaiguë de l’AVC ;

  • de la rééducation par réalité virtuelle.

Priorités

L'état actuel des connaissances ne permet pas de :

  • privilégier une technique manuelle individuelle davantage qu’une autre ;

  • recommander un type particulier d’activité ou une durée précise d’entraînement.

Généralités

AE

  • Il est recommandé d’homogénéiser les terminologies et protocoles des méthodes de ré- éducation de la fonction motrice après AVC.

  • Il est recommandé de réaliser des études afin de déterminer l’indication, la posologie et la durée optimales d’application pour chacune des méthodes de rééducation de la fonction motrice après AVC.

 

Méthodes recommandées

Tableau 1. Méthodes de rééducation de la fonction motrice indiquées après AVC

Méthode

Phase aiguë

Phase subaiguë

Phase chronique

Stimulation de la fonction sensitive

AE

  

Rééducation manuelle individuelle

Grade C

Activité physique et gymnique

NA

Grade B

Renforcement musculaire

NA

 

Grade C

Rééducation intensive de la marche

NA

 

Grade B

Approches neurophysiologiques

AE

Apprentissage moteur

   

Goniofeedback du genou pour améliorer la marche

NA

Grade C

Myofeedback pour améliorer la marche

NA

Grade C

Myofeedback + stimulation électrique fonctionnelle du MS

 

Grade B

Électromyostimulation

   

Stimulation électrique fonctionnelle pour la marche

NA

Grade C

Rééducation tâche orientée (répétition) pour la marche

 

Grade B

Grade B

Approches thérapeutiques combinées

AE

Rééducation de la mise en charge et de l’équilibre

NA

Grade C

Rééducation de la marche dès que possible

NA

Grade B

Marche sur tapis roulant sans support partiel de poids

NA

 

Grade B

Marche sur tapis roulant avec support partiel de poids

NA

  

Orthèse de marche en cas d’insuffisance de la commande

NA

AE

Aide technique de marche, avec apprentissage personnalisé

NA

Grade C

Contrainte induite du membre supérieur (MS)

logo point exclamation bleu  

Grade B

Entraînement électromécanique de la marche sans MK

NA

Grade B

Entraînement électromécanique de la marche avec MK

NA

Grade B

 

Entraînement du MS par robot + traitement conventionnel

 

Grade B

Mouvements bilatéraux simultanés des MS

   

Imagerie mentale motrice associée à d’autres traitements

  

Grade B

Réalité virtuelle

   

AE : avis d’experts. NA : non applicable. logo point exclamation bleu : effet délétère possible. MK : masso-kinésithérapie.
MS : membre supérieur.

Choisir et adapter les méthodes avec discernement

La personne victime d’AVC présente un contexte pathologique complexe qui influe sur la progression de la rééducation et que la rééducation ne peut négliger. C’est donc dans un cadre spécifique à chaque patient, objectivé par des critères multifactoriels, que le rééducateur doit s’adapter.

Composer

AE

  • Les méthodes neurophysiologiques (Bobath, Brunnström, Kabat, Rood) sont plus efficaces que l’absence de rééducation.

AE

  • Il est recommandé de combiner les méthodes de rééducation motrice sans se limiter à une approche exclusive.

 

Cibler

B

  • L’activité physique après AVC est recommandée pour améliorer l’adaptation à l’effort, l’état physique et l’indépendance fonctionnelle, mais pas pour améliorer la force musculaire.

C

  • Le renforcement musculaire est recommandé pour améliorer la force musculaire à la phase chronique de l’AVC, mais il ne permet pas d’améliorer la vitesse et le périmètre de marche.

B

  • L’entraînement du membre supérieur par robot associé à un traitement conventionnel est recommandé aux phases subaiguë et chronique, afin d’améliorer la motricité mais pas la fonction.

B

  • La méthode de contrainte induite du membre supérieur, tant dans sa forme classique que dans sa forme modifiée, est recommandée à la phase chronique d’un AVC, à condition d’une récupération motrice des muscles de la loge postérieure de l’avant-bras.

B

  • L’entraînement électromécanique de la marche est recommandé dans le cas où les conditions motrices du patient ne permettraient pas de le faire marcher avec l’aide d’un thérapeute.

 

Éduquer

AE

  • Il est recommandé que l’utilisation de l’aide technique de marche fasse l’objet d’un apprentissage personnalisé avec un professionnel de la rééducation.

AE

  • L’éducation thérapeutique du patient et de son entourage est à privilégier dès le début de la rééducation afin d’en optimiser et d’en pérenniser les résultats. S’adaptant au projet du patient, elle lui permet d’acquérir des compétences de prévention et de rééducation motrice.

 

Évoluer

B

  • Le renforcement musculaire après AVC ne renforce pas la spasticité.

AE

  • Il est recommandé d’appliquer le concept Bobath dans sa variante actuelle plutôt que dans sa forme initiale.

 

AE : avis d’experts. NA : non applicable. logo point exclamation bleu : effet délétère possible. MK : masso-kinésithérapie.
MS : membre supérieur.

Mis en ligne le 21 nov. 2012