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EPP infos n° 24

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La lettre des Chargés de missions régionaux pour l'évaluation (CMRE) et des professionnels de santé

[ Références ]
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Jean Brami
Service évaluation et amélioration des pratiques

Embarquer les instances1
C’est la traduction libre du titre d’un article paru dans le numéro d’avril 2008 du « Joint Commission Journal on Quality and Patient Safety ».

Embarquer les instances c’est faire participer les « Boards » (les membres des conseils d’administration des hôpitaux) à l’amélioration de la qualité et de la sécurité des patients hospitalisés dans ces hôpitaux. De quoi s’agit-il ?

À la suite du succès de la campagne des 100 000 Vies qui a fait émerger de nouveaux standards de soins, les autorités américaines ont décidé d’initier une campagne similaire intitulée campagne des 5 millions de Vies. Il s’agit d’éviter 5 millions d’événements indésirables dans les hôpitaux dans un délai de 2 ans2 en impliquant plus de 4 000 établissements de santé. Pour réaliser cet objectif ambitieux, les promoteurs du projet (The Institute for Healthcare Improvement – IHI) recommandent 12 interventions, dont la dernière concerne la gouvernance et est spécifiquement destinée aux instances dirigeantes de l’hôpital. Le constat a en effet été fait que ces instances sont habituellement assez passives en matière d’amélioration de la qualité et qu’elles délèguent ces responsabilités aux seules équipes médicales. L’IHI demande à ces instances de faire de la qualité des soins la priorité numéro un de l’hôpital. Chaque réunion du conseil d’administration doit consacrer au moins 25 % du temps aux problèmes de qualité et de sécurité dans l’établissement et 6 mesures sont préconisées.

1. Se fixer, dès cette année, un objectif précis et quantifiable pour réduire la survenue d’événements indésirables.

2. Mettre des visages humains sur les cas d’erreurs qui sont arrivées, par exemple en évoquant au cours du conseil des histoires cliniques voire en demandant aux patients (ou à leurs familles) de venir parler des erreurs dont ils ont été victimes.

3. Assurer un suivi régulier et transparent (pour les membres de l’hôpital comme pour les patients) d’indicateurs qui reflètent la qualité et la sécurité des soins.

4. Modifier l’environnement, les règles, les habitudes  et la culture de l’hôpital pour respecter le plus possible patients et familles victimes d’erreur, mais aussi les équipes médicales à l’origine de ces erreurs3.

5. Apprendre à connaître les raisons du succès de certaines équipes (aussi bien les meilleurs « boards » que les équipes médicales) en ce qui concerne la réduction des risques.

6. Responsabiliser les équipes dans l’accomplissement des mesures mises en œuvre.


La mise en place de ces mesures est un puissant facteur d’amélioration de la qualité et de la sécurité des patients. À la date d’avril 2008, près de 1 700 organisations ont effectivement intégré la douzième intervention préconisée par l’IHI dans leurs « boards ». Mais les auteurs signalent que ces mesures peuvent susciter des questions dans les équipes comme la crainte de la judiciarisation accrue avec la plus grande transparence donnée aux événements indésirables qui peuvent survenir dans chaque hôpital.

En France, le colloque « Évaluation des pratiques médicales, enjeux sanitaires et juridiques » que la HAS, en lien avec l’Institut droit et santé, a organisé en mars dernier a bien montré que ces questions existent et ne doivent pas être éludées.


1. Conway J. Getting Boards on Board : Engaging Governing Boards in Quality and Safety. Jt Com J Qual Patient Saf.2008 34:214-220.
2. Décembre 2007 à décembre 2008 : les résultats de la campagne seront annoncés le 9 décembre 2008 à 9h du matin.
3. Le ou les professionnels responsables d’une erreur médicale sont souvent appelés « deuxième victime » par un certain nombre de spécialistes de la gestion du risque. Voir par exemple le document intitulé « When Things go wrong – Responding to adverse effects – A consensus Statement of the Harvard Hospitals – March 2006.


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