EPP infos n° 27 - Questions à A.M. Durocher
EPP infos La lettre des Chargés de missions régionaux pour l'évaluation (CMRE) et des professionnels de santé
[ Questions à... ]
> Dr Anne-Marie Durocher Hôpital gériatrique des Bateliers
• Votre démarche d'évaluation concerne la contention physique, quel a été le point de départ de cette démarche ? La contention physique passive est une pratique fréquente en milieu gériatrique, mais elle présente des risques en termes de morbidité et de mortalité. Le point de départ de notre démarche a été un accident mortel. Cet accident majeur, lié aux barrières de lit (strangulation), a conduit les gériatres de l’établissement à mener des actions d’amélioration dans ce domaine.
• Comment avez-vous procédé ? Nous avons procédé en 4 étapes.
• Première étape, un état des lieux. En 1999 et en 2002, avant même la publication par l’Anaes/HAS de recommandations de bonnes pratiques, nous avons effectué deux enquêtes qui ont permis de faire un état des lieux de la contention au sein de l’établissement gériatrique, en termes de prévalence et de risques liés à cette pratique.
• Deuxième étape, des actions de formation et d’information. Dès l’année 2000, une cellule de réflexion a été mise en place afin d’élaborer un protocole. Entre 2000 et 2005, de nombreuses actions de formation ont été réalisées sous forme de réunions de sensibilisation du personnel médical et paramédical. Elles ont traité des risques liés à la contention, des stratégies alternatives pouvant être mises en place et des obligations en termes d’évaluation, de prescription et de surveillance. Elles ont été réalisées par les membres de la cellule de réflexion et par des intervenants extérieurs. L’information a été diffusée sur support vidéo (diaporamas) et support papier. Un algorithme décisionnel destiné aux médecins avant la mise en place de la contention a été distribué, et un protocole destiné à l’ensemble des soignants a été élaboré et diffusé dans les services.
• Troisième étape, mise en œuvre d’un chantier qualité institutionnel et d’un programme de réduction des contentions. La démarche s’inscrit alors dans le cadre plus général d’un chantier qualité mis en place avec la cellule qualité du CHRU de Lille. 1. Une fiche de surveillance, support à la prescription de la contention dans le respect des critères de l’Anaes, est élaborée et intégrée au dossier patient, au niveau des transmissions ciblées (2003). 2. Une surveillance semestrielle de la prévalence des contentions dans l’établissement est mise en place (2004). 3. Un audit réalisé en 2005 permet une évaluation des pratiques sur 361 patients de l’établissement en secteur de court séjour (CS), soins de suite et réadaptation (SSR) et soins de longue durée (USLD). Nous avons alors observé une diminution significative du nombre de contentions dans l’établissement. Par ailleurs, la qualité de mise en œuvre de cette pratique y était globalement satisfaisante. Cependant, certains points restaient à améliorer, notamment les difficultés du personnel à identifier les barrières de lit comme moyen de contention physique. Par ailleurs, il persistait un défaut de traçabilité écrite tant au niveau de la prescription que de la surveillance. 4. Dans le cadre de la certification de l’établissement, deux audits cliniques ciblés ont eu lieu dans l’établissement en 2006, à six mois d’intervalle, portant sur 264 patients hospitalisés en USLD. À la suite des résultats du premier audit, un plan d’action a été mis en place par le groupe de travail EPP, portant sur l’adaptation du dossier de soins, ainsi que sur la formation et l’information du personnel sur la démarche qualité selon un calendrier préétabli. 5. À la suite du 2e audit d’octobre 2006, le personnel médical bénéficie d’une formation obligatoire biannuelle. Un nouveau support de transmission ciblée est mis en place. Le projet actuel est l’appropriation de ce support. Une réévaluation semestrielle des pratiques est programmée sous forme d’audit clinique ciblée (ACC).
• Quatrième étape, un programme régional. Parallèlement, durant l’année 2002, un audit, un jour donné, de la pratique de la contention en termes de qualité et de sécurité, a été réalisé dans 21 établissements gériatriques de la région Nord-Pas-de-Calais, sous l’égide de la Société septentrionale de gérontologie clinique. Cet audit portait sur 3 319 patients ou résidents, parmi lesquels 630 dossiers ont été tirés au sort pour être étudiés. Les résultats de cet audit ont été communiqués aux établissements afin qu’ils puissent mettre en place des démarches qualité. Un nouvel audit est en cours depuis juin 2008 au niveau de 22 établissements gériatriques de la région Nord-Pas-de-Calais.
• Des indicateurs de suivi ont-ils été mis en place ? Les indicateurs choisis sont au nombre de deux : la prescription écrite de la contention et l’utilisation d’une feuille de surveillance de la contention. Entre 2005 et 2007, la prescription est passée de 26 % à 78 %, l’utilisation d’une feuille de surveillance de 28 % à 76 %.
• Cette démarche a-t-elle été validée au titre de l’EPP ? La démarche a été validée au titre de l’EPP. Deux médecins sont concernés par cette validation. Il faut signaler que le groupe de travail de cette EPP comportait par ailleurs 3 cadres de santé, une infirmière, 3 aides-soignantes, 1 kinésithérapeute et 2 agents administratifs. Retour au sommaire
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