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EPP infos n° 28

Questions à... Dorien Zwart

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La lettre des Chargés de missions régionaux pour l'évaluation (CMRE) et des professionnels de santé

[ Questions à... ]

> Dr Dorien Zwart
Médecin généraliste Membre de l'équipe de la formation professionnelle des médecins généralistes Centre pour les sciences de la santé et des soins de santé primaires (Juliuscenter) University Medical Center Utrecht


Pourriez-vous vous présenter et expliquer pourquoi vous vous intéressez à la sécurité des patients ?
Je suis un médecin généraliste installé depuis 1999 à mi-temps dans un centre de santé d’une petite ville hollandaise située à l’est d’Utrecht. Dans ce centre, travaillent à temps partiel 7 médecins généralistes et 6 infirmières et nous prenons en charge une population d’environ 8 200 patients. Nous travaillons en collaboration étroite avec les autres spécialistes impliqués dans les soins primaires.

Je suis aussi  doctorante à l’université d’Utrecht dans le domaine de la sécurité des patients en médecine générale et chercheur. Je suis membre d’un comité chargé du recueil d’incidents survenant en médecine générale. À ce titre, je vois beaucoup d’incidents qui surviennent en médecine générale.

Je me suis intéressée à ce domaine pour deux raisons : la première est personnelle : dans notre centre de santé nous avons été confrontés à un incident majeur dans notre pratique. Au lieu d’examiner superficiellement cet incident, nous en avons fait une analyse, ce qui a mis en évidence des causes profondes que nous n’imaginions pas au départ. C’est la mise en évidence de ces causes profondes qui nous a aidés ensuite à trouver des solutions. La seconde raison vient de mon expérience d’enseignante : je sais que la survenue d’incidents a des répercussions graves non seulement sur le patient mais aussi sur le médecin et les stagiaires éventuels.
Aux Pays-Bas, nous avons formé les médecins à prendre en charge correctement les patients impliqués dans des accidents médicaux et à gérer leurs propres émotions après l’accident mais nous ne disposions pas d’une structure permettant de nous assurer que ces incidents ne se reproduiraient plus dans le futur. Je me suis rendue compte qu’il y avait là un manque et j’en ai fait un thème de recherche de doctorat. Cette recherche s’intitule « Spiegel » (spiegel signifie miroir en hollandais) et concerne la sécurité des patients en médecine générale par analyse systématique des incidents.

 Quelles sont, d’après vous, les conditions d’une bonne déclaration des incidents par les généralistes ?
Pour moi, il en existe trois essentielles, la formation, le changement de la culture et la confidentialité.
1. Il faut que les médecins généralistes ainsi que tous les autres professionnels de santé qui exercent en soins primaires, soient formés à la culture de la sécurité des patients et soient habitués à examiner ce qu’ils font au travers de prismes de sécurité.
2. Il est nécessaire d’avoir une attitude ouverte et tolérante de l’erreur tout en étant intransigeant quand à sa gestion. En particulier il faut être transparent vis-à-vis du patient pour restaurer sa confiance, gérer ses propres émotions et améliorer l’analyse des événements indésirables tout en partageant les expériences au sein de l’équipe.
3. Une procédure de déclaration d’événements doit être sans risque pour celui qui déclare, c’est-à-dire, être confidentielle.
Mais d’autres conditions sont également indispensables : importance du retour d’informations, implication du management, procédures pas trop compliquées, analyse systématique de tous les événements.

 Quelles sont les principales causes d’événements indésirables mis en évidence par Spiegel ?
Chaque année, une centaine de déclarations d’incidents sont remplies par les centres de santé et ces incidents concernent tout le processus depuis le premier contact téléphonique jusqu’à la sortie du patient avec un diagnostic ou une prescription. Les trois quarts de ces déclarations concernent des processus administratifs (erreurs dans la date de rendez-vous ou rendez-vous avec un autre médecin que celui souhaité par le patient) ou les processus médicaux de prescription (prescriptions erronées, oubliées ou perdues). Les incidents en rapports avec les décisions médicales concernaient 4 % des déclarations. Les incidents autour d’un manque de communication avec le patient représentaient 10 % et les problèmes de logistique ou de matériel/informatique, 11 %.
Les causes profondes des incidents les plus importants ont mis en évidence un problème organisationnel dans 35 % des cas (par exemple, un manque de personnel, une absence de protocoles ou une situation dans laquelle aucun responsable n’avait été préalablement désigné). Dans 30 % des cas, il s’agissait d’une erreur humaine (erreur dans une intervention, manque de connaissances) dans 15 % l’incident était en rapport avec le patient (problème de langage, problème de simulation/dissimilation) et dans 20 %, il s’agissait d’un problème de logistique (surtout informatique).

Plus de détails sur la sécurité des patients et les résultats de cette recherche seront publiés sur le site www.patientsafety.nl

 

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