Rencontres HAS 2008 - "Informer les patients : quels enjeux, quelles exigences, quelles légitimités ?"
Du 19/12/08 11:15 au 19/12/08 12:30
Copyright HAS - MMStudio - Production JP Quevilly
Télé, radio, presse écrite…et maintenant internet : l’information santé est omniprésente sur tous les supports médiatiques. Surinformés, les patients sont-ils pour autant bien informés ?
Les messages sont souvent schématiques, incomplets, contradictoires, et répondent le plus souvent aux intérêts spécifiques de chaque émetteur. Avec internet, un nouveau mode de consommation se développe, où l’internaute tend à se « prescrire lui-même » les réponses qui lui conviennent.
Face à cette abondance, les informations « officielles », validées par les instances scientifiques, peinent à « sortir du lot ». L’incertitude, propre à l’art médical,
n’est pas toujours bien comprise par le patient, et génère angoisses et interrogations.
Pourtant, l’information santé évaluée et labellisée s’avère de plus en plus essentielle.
Les patients ont besoin de repères, ils réclament une information claire, comparative et pratique, susceptible de leur permettre des choix éclairés
et un dialogue constructif avec les professionnels de santé. Certaines des évolutions souhaitées pour le système de santé - réduction des inégalités de santé, allocation optimale des ressources, développement de la prévention - dépendent en partie d’une information de qualité, capable de générer des changements de comportement.
Quel peut être le rôle d’institutions comme la HAS pour promouvoir cette information ?
Comment promouvoir les « bonnes pratiques » en matière d’information ?
Quelle pédagogie de l’information développer auprès du public ?
Consultez la synthèse de cette session en bas de page.
Ligue contre le cancer - Démarches d'information auprès du grand public, des malades et de leurs proches
Doctissimo - De l'encyclopédie santé à la plate-forme d'échanges de millions d'internautes
Intervenants :
- Hubert ALLEMAND - Médecin Conseil national, adjoint au directeur général, CNAMTS
Informer pour changer les comportements
L’Assurance Maladie cherche à promouvoir une vision « systémique » de l’information santé, qui permette aux assurés de faire les bons choix au bon moment. Notre premier devoir, c’est de les aider à identifier les ressources dont ils ont besoin, dans un système complexe et mal fléché. Il faut « acculturer » le public aux missions et fonctions de chaque professionnel, afin de faciliter l’adhésion à un traitement ou à un parcours de soins. Nous incitons également à programmer certains recours à des actions de prévention : dépistage, vaccination, bilans… L’objectif est bien de faire évoluer les comportements vers une meilleure gestion de la santé au plan individuel. Avec, bien sûr, la préoccupation constante d’optimiser l’allocation des ressources.
- Etienne CANIARD - Membre du Collège, Haute Autorité de Santé
Donner des repères aux patients pour bien utiliser l’information
L’abondance d’informations n’est pas un inconvénient, mais une véritable chance dès lors que quelques « règles » sont admises. Toute information a sa légitimité, même si elle est bien sûr biaisée par l’origine de l’émetteur et ses intérêts propres. Il est essentiel que le patient sache qui est l’émetteur, afin de pouvoir porter un regard critique sur l’information. C’est pourquoi la HAS se mobilise pour que les conflits d’intérêt des émetteurs soient transparents. Nous proposons également un « label », HON, reconnu internationalement, destiné à permettre aux internautes de jauger la pertinence des sites internet dédiés à la santé. Il faut donner aux patients des repères pour sélectionner les « bonnes » informations, celles qui sont fiables et utiles pour les aider dans la prise en charge de leur santé. C’est à ces conditions que l’accès à l’information contribuera effectivement à la qualité en santé.
- Annabel DUNBAVAND - Conseiller médical du Directeur Général, Fédération Nationale de la Mutualité Française
Améliorer l’information pour réduire les inégalités
On observe que les patients ne sont pas égaux devant l’information santé. Elle est plus lisible et plus assimilable par les catégories sociales les plus élevées ou les personnes qui sont dans un bon état de santé. Le rôle d’une complémentaire santé doit être, selon nous, de faciliter l’accès à la juste information, de manière compréhensible par chacun en fonction de ses connaissances, de ses représentations et de ses besoins spécifiques. C’est l’un des objectifs de Priorité Santé Mutualiste, qui propose une information qualifiée, personnalisée et de nature à aider le patient à mieux comprendre l’offre de soins. L’information est un des leviers utiles pour réduire dès aujourd’hui les inégalités d’accès aux soins.
- Dominique DUPAGNE - Médecin généraliste
Internet est un atout pour améliorer la qualité de l’information santé
L’information santé des médias traditionnels ne contribue guère à aider les patients dans la gestion de leur santé, de même qu’elle a peu d’impact sur la qualité des pratiques des professionnels de santé. Le média d’avenir, c’est internet, car le patient peut « construire » sa propre information, en partant de ses besoins. Sur internet, il existe une forme d’auto-régulation de la qualité des informations, via le nombre de consultations et surtout de liens référencés sur les sites ou blogs. C’est une addition de « micro-expertises » et qui tend à exclure l’expertise officielle. Les émetteurs institutionnels devraient revoir leur stratégie internet, en utilisant davantage des outils permettant d’identifier les attentes des internautes, comme les forums.
- Pierre MORANGE - Député-Maire, Chambourcy
L’absence de coordination nuit à la qualité de l’information
Il est très difficile pour les patients de s’y retrouver en matière d’information santé. Les messages sont souvent superficiels, contradictoires, opaques sur les intérêts sous-jacents. Les producteurs d’information officiels doivent faire preuve d’une plus grande coordination, afin de donner des repères plus lisibles en termes de traitement et de prévention. Les politiques, eux, ont un rôle d’aiguillon, par exemple en incitant au développement d’une information sur les coûts et les process qualité. Ils portent aussi la responsabilité de mener à bien des programmes-clé pour le partage de l’information, comme le DMP (Dossier Médical Personnel).
- Christian SAOUT- Président, Collectif Interassociatif sur la Santé
Pour une pédagogie de la précaution
Les patients sont de plus en plus défiants, et seront sans doute défiants demain, face à une information santé hétérogène et soumise à des intérêts particuliers. Nous devons leur apprendre à décoder cette information, à gérer la part d’aléa qu’elle contient, via une « pédagogie de la précaution ». Il faut également inciter les émetteurs à se concerter pour produire une information plus claire, plus pratique et plus complète. Cela passe par des relais de proximité efficaces, pour adapter et cibler les messages selon des publics spécifiques.
Journaliste animateur : Hervé REQUILLART
Documents
- Rencontres 2008 - dossier thématique : "Information du patient : enjeux, légitimités, exigences" (322.08 KB)
- Rencontres08_SynthèseP3 (184.21 KB)
En savoir +
- Rencontres HAS 2007: Institutions et associations de patients : comment travailler ensemble ?
- Rencontres HAS 2007 : Quelle stratégie pour promouvoir la qualité de l'information en santé ? L'exemple des sites santé
- Rencontres HAS 2007 : Amélioration des pratiques médicales : quels rôles pour les patients ?

ESDI - Déclaration d'intérêts en ligne
Français