Brice Kitio Chef de projet, service des bonnes pratiques professionnelles - HAS Pourquoi ces recommandations sur les modalités d’arrêt des benzodiazépines ont-elles été réalisées ? Les recommandations sont nées d’une autosaisine de la HAS après la publication d’un rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé en juin 2006. Ce rapport fait état d’une consommation française en médicaments psychotropes qui est la plus importante de toutes celles des pays de l’Union européenne. Il y est mentionné que 15 à 20 % de Français ont utilisé de façon au moins ponctuelle des traitements anxiolytiques ou hypnotiques au cours des douze derniers mois, et un Français sur trois en a déjà consommés dans sa vie. Les chiffres sont plus alarmants chez les personnes âgées : la moitié des femmes et un tiers des hommes de plus de 60 ans ont pris au moins un psychotrope dans l’année. Parmi les dix millions de personnes âgées, 20 % consomment des anxiolytiques de façon chronique et prolongée. Les personnes âgées sont donc particulièrement exposées à un usage excessif de psychotropes et en particulier de benzodiazépines. D’autant plus que, chez elles, la consommation de benzodiazépines est souvent corrélée à une augmentation des risques de chute et d’altération des fonctions cognitives. Ces recommandations s’intègrent dans d’autres travaux déjà élaborés par la HAS, notamment les programmes de prescription médicamenteuse chez le sujet âgé (PMSA). Elles permettent de poser un cadre pour faciliter l’arrêt des benzodiazépines en médecine de ville. Quel est l’objectif principal de ces recommandations ? Il s’agit de promouvoir l’arrêt des benzodiazépines devant une consommation qui s’est installée sur la durée. Les médecins rencontrant ce cas de figure sont invités à proposer au patient une possibilité d’arrêt de ce traitement en accord avec lui, dès lors que l’indication de prescription n’est plus valide. Quelle est la place du médecin traitant dans l’application de ces recommandations ? Le médecin traitant a un rôle central dans la prise en charge des patients sous traitement par benzodiazépines car il est le principal prescripteur de psychotropes. De plus, que ce soit à l’initiation d’une prescription ou lors d’une demande de renouvellement de prescription, il est en première ligne pour proposer une procédure d’arrêt des benzodiazépines, pas toujours évidente à mettre en place, en pratique. 
Afficher le schéma en grand format infographie : Fabrice Mathé Quels sont les points clés de ces recommandations ? L’idée principale est d’expliquer au patient, dès l’instauration du traitement, sa durée limitée et ses modalités d’arrêt du fait des risques liés à ces médicaments, notamment celui de dépendance. Toute demande de renouvellement de traitement doit être l’occasion de s’interroger sur la mise en oeuvre de l’arrêt. Les modalités d’arrêt doivent être adaptées au patient, en fonction de ses besoins, de ses attentes et de son degré « d’attachement » aux benzodiazépines. L’objectif de la démarche est l’arrêt des benzodiazépines, mais l’obtention d’une diminution de posologie est un résultat favorable. Quelle que soit la stratégie choisie, en ambulatoire ou à l’hôpital, avec ou sans prise en charge spécialisée, l’arrêt doit être toujours progressif, par paliers, sur une durée de quelques semaines ou de quelques mois. La mise en place de la stratégie d’arrêt doit s’accompagner d’une consultation de suivi une semaine après la première diminution de dose, puis à chaque diminution, de façon plus espacée lorsque la réduction de la posologie se fait sans difficulté. Un ensemble d’outils d’amélioration et d’évaluation des pratiques de prescription et de suivi de l’arrêt est à disposition sur le site de la HAS (www.has-sante.fr) dans le cadre du programme « Prescription médicamenteuse chez le sujet âgé ». Dr Armelle Desplanques-Leperre Responsable du programme pilote « Améliorer la prescription des psychotropes chez le sujet âgé » - HAS
Quelles sont les indications des benzodiazépines aujourd’hui ? Il est important de rappeler les indications limitées des BZD et des médicaments apparentés (composés Z) (traitements uniquement symptomatiques), car en France, et en particulier chez le sujet âgé, il existe un mésusage caractérisé des BZD/Z, avec une surprescription hors indications et des durées de traitement bien trop longues. Si elles sont prescrites à visée hypnotique, les BZD doivent être réservées aux « troubles sévères du sommeil dans les insomnies occasionnelles ou transitoires »1, la durée maximale de prescription ne doit pas dépasser 4 semaines. De la même façon, pour les BZD à visée anxiolytique, le traitement doit être réservé aux « manifestations anxieuses sévères et/ou invalidantes »1, pas plus de 12 semaines incluant la période d’arrêt, et à la prévention et au traitement du delirium tremens, pour 8 à 10 jours1. Chiffres et repères sur la consommation et pour l’arrêt des benzodiazépines et composés Z chez le sujet âgé en France
Une surprescription prolongée des BZD/Z en France • La France consomme 5 à 10 fois plus d‘hypnotiques/anxiolytiques que ses voisins européens ; • Les BZD/Z représentent plus de 80 % des hypnotiques/anxiolytiques prescrits ; • 2,9 millions de personnes âgées consomment des BZD/Z ; • La durée moyenne de traitement par BZD/Z est de plusieurs années en France.
Une prescription inadaptée dans l’anxiété et l’insomnie • Les BZD/Z ont une place restreinte dans la prise en charge des troubles anxieux caractérisés et des insomnies vraies et sévères qui sont rares chez la personne âgée ; • Cependant, entre septembre et décembre 2007, 32 % des personnes de plus de 65 ans, et 40 % des plus de 85 ans se sont vu prescrire un hypnotique/anxiolytique.
Un risque avéré des BZD/Z chez la personne âgée • La prise des BZD/Z expose le sujet âgé à des chutes et à leurs conséquences, à des accidents de la voie publique et à des altérations cognitives dont on ne peut mesurer aujourd’hui les conséquences en termes de démence.
Un arrêt possible et bénéfique • Divers protocoles, menés en France et à l’étranger, ont permis à la moitié des patients d’arrêter leur BZD/Z, sans altérer leur qualité de vie, et avec parfois une amélioration de leurs fonctions cognitives.
1. Résumé des caractéristiques du produit et notice d’autorisation de mise sur le marché. |