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EPP infos n° 33

Références n° 33

stetoscope_vignette EPP infos
La lettre des Chargés de missions régionaux pour l'évaluation (CMRE) et des professionnels de santé

[ Références ]
> Jean Brami
Direction de l'amélioration de la qualité et de la sécurité des soins – HAS

L'utilisation d'une check-list au bloc opératoire sauve des vies
Le document vidéo1
représente trois moments importants d’une intervention chirurgicale, avant l’anesthésie, avant l’incision de la peau, avant la sortie du patient de la salle d’opération.
Avant l’anesthésie, un membre de l’équipe pose quelques questions visant à s’assurer que l’identité du patient a été vérifiée, qu’il n’y a pas de doute sur le type d’intervention ou le côté à opérer, que la sécurité anesthésique est assurée, que l’oxymètre de pouls est fonctionnel, qu’il n’existe pas d’allergie, etc.
Avant l’incision de la peau, tous les membres de l’équipe sont invités à se présenter et à dire quelles seront leurs fonctions pendant l’opération. Les événements critiques éventuels sont évoqués, la question de l’antibioprophylaxie est posée. Si une imagerie a été réalisée, les membres de l’équipe doivent dire s’ils l’ont consultée. Avant la sortie du patient de la salle d’opération, l’infirmière dit quel est le nom de la procédure qu’elle va enregistrer et comment la pièce opératoire va être gérée. Elle confirme que le décompte du matériel et des compresses est correct et signale les éventuels problèmes. Parallèlement, les suites opératoires du patient sont évoquées par le chirurgien, l’anesthésiste et l’infirmière.
Toute l’équipe a collaboré de bonne grâce avec l’intervieweur. Les questions et les réponses ont nécessité un temps très court.

A contrario une autre vidéo2 est présentée : il s’agit de la même salle d’opération et les questions sont identiques. Mais ici, le chirurgien ne collabore pas de la même façon et répond d’une manière lapidaire : «Je suis le chirurgien X, voici l’anesthésiste, le docteur Y. Nous devons réaliser la réparation d’une hernie inguinale gauche ; c’est une opération de routine et maintenant… faut y aller »

Quelle est la signification de ces vidéos et à quoi font-elles référence ? Petit retour en arrière.
En mai 2004, la  57e Assemblée mondiale de la Santé approuve la création de l’Alliance mondiale pour la sécurité du patient qui sera officiellement lancée en octobre de la même année. L’objectif prioritaire de cette Alliance mondiale est simple : réduire les effets indésirables liés aux soins. En quelque sorte, il s’agit d’appliquer l’adage du serment d’Hippocrate « Primum non nocere ». Pour réaliser cet objectif, des actions précises sont mises en place à l’occasion de grandes campagnes intitulées « Défis pour la sécurité globale du patient ». Le premier défi, lancé en 2005-2006, concernait les infections liées aux soins. Le second lancé en 2007-2008, intitulé « Safe Surgery Save Lives Challenge »3 s’attaquait à la sécurité des soins en chirurgie. Ce défi a abouti à l’élaboration de recommandations avec le concours d’une centaine d’experts internationaux. Ceux-ci ont intégré les leçons des industries à haut risque comme l’industrie aéronautique ou nucléaire (analyse des erreurs, simplification des procédures, attention accrue à la fatigue et à la distraction des personnels, résolution des problèmes de communication entre les membres de l’équipe, etc.) et les ont appliquées à la prise en charge chirurgicale. Une check-list de questions à poser systématiquement avant l’induction anesthésique (Sign In), avant l’incision de la peau (Time Out) et avant que le patient opéré ne sorte de salle d’opération (Sign Out) en est le résultat pratique.
Concrètement, la check-list se présente sous la forme d’une page A4 au format paysage. Trois colonnes, correspondant aux trois étapes de l’intervention, y sont représentées. Dans chacune des colonnes, une dizaine de questions simples permettent des vérifications de sécurité.
Les vidéos présentées au début de ce document étaient des vidéos pédagogiques servant à illustrer les bonnes et mauvaises manières d’utiliser la check-list.
Cette check-list a-t-elle fait ses preuves ? Oui, si on en croit l’article paru en janvier 2009 dans le New England
4. Entre octobre 2007 et septembre 2008, huit hôpitaux de villes aussi différentes que Toronto, New Delhi, Amman, Auckland, Manille, Ifakara (Tanzanie), Londres et Seattle l’ont utilisée. Plus de 3 700 adultes opérés (en dehors des interventions cardiaques) ont été inclus et les complications des trente premiers jours ont été répertoriées. Avant l’introduction de la check-list, le taux de mortalité globale était de 1,5 % et le taux de complications de 11 %. Après son introduction, ces taux ont été abaissés significativement à 0,8 % pour la mortalité (p=0,003) et 7,0 % pour la survenue de complications (p<0,001).
 

1. Cliquer sur « How to use the checklist ».
2. Cliquer sur « How NOT to use the checklist ».
3. Défi d’une chirurgie sûre pour sauver des vies.
4. Haynes et al. A Surgical Safety Checklist to Reduce Morbidity and Mortality in a Global Population. N. Engl. J. Med 360(5):491-9.



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Mis en ligne le 06 Mar 2009

December 22, 2014 - 11:00 PM - URL: http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_749542/en/references-n-33