Aujourd’hui, un test Elisa combiné suffit, le double test de dépistage du VIH n’est plus justifié…
Dr Olivier Scemama Adjoint au chef du service évaluation économique et santé publique
Dans quel contexte la HAS a-t-elle publié de nouvelles recommandations sur le dépistage de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) ? La HAS a fait l’objet d’une saisine de la part de la Direction générale de la santé afin d’actualiser les bonnes pratiques de dépistage du VIH publiées par l’Anaes en 2000. Ces nouvelles recommandations tiennent compte des données épidémiologiques actuelles et des évolutions technologiques concernant les tests de dépistage. Les données épidémiologiques montrent que le dépistage du VIH reste souvent tardif, avec pour conséquences un nombre élevé de personnes infectées qui ignorent encore leur séropositivité et un surrisque de mortalité. Le premier volet des recommandations, paru en octobre 2008, porte sur les modalités du dépistage de l’infection par le VIH et de son diagnostic biologique. Il traite également de la place des tests de dépistage rapide. Ce premier volet concerne plus particulièrement le biologiste. Un second volet de recommandations, à paraître à l’automne 2009, traitera spécifiquement des stratégies et du dispositif de dépistage. Le médecin traitant a un rôle important à toutes les étapes de la prise en charge allant du dépistage au traitement.
Quels messages véhiculent ces recommandations ? La demande de la Direction générale de la santé sur le dépistage du VIH portait sur trois questions précises.
1. Le maintien d’un double test de dépistage est-il toujours justifié ? Jusqu’à ce jour, deux techniques sont utilisées en parallèle sur le même prélèvement sanguin dans le cadre de l’analyse de dépistage. La HAS considère aujourd’hui que le double test de dépistage n’est plus justifié. Il peut être remplacé par un test Elisa combiné qui permet la détection simultanée des anticorps anti-VIH-1 et anti-VIH-2 et de l’antigène p24.
2. La durée du suivi sérologique de trois mois en cas d’exposition supposée est-elle encore justifiée ? Les recommandations précisent qu’un résultat négatif du test de dépistage Elisa combiné six semaines après une exposition supposée peut être considéré comme signant l’absence d’infection par le VIH. En cas de traitement prophylactique postexposition, le délai reste de trois mois après l’arrêt du traitement.
3. Quelles sont l’indication et la stratégie d’utilisation des nouveaux tests de dépistage rapide (résultat en moins de 30 minutes) ? Nous avons considéré qu’ils constituaient un outil intéressant en complément du modèle classique de dépistage reposant sur les tests Elisa. Ils permettent de répondre à deux objectifs principaux : obtenir un diagnostic rapide dans certaines situations d’urgence et faciliter l’accès à la connaissance du statut sérologique du VIH, notamment dans les populations qui ne recourent pas (ou insuffisamment) au dispositif classique de dépistage. Ces tests permettront ainsi un accès aux soins plus précoce dans une population plus large. Des projets d’évaluation de ces tests de dépistage rapide seront développés prochainement et permettront la formulation de recommandations sur les circonstances d’utilisation de ces tests en pratique courante.
À qui revient la mission de remise des résultats du dépistage ? L’annonce revient a priori au médecin prescripteur, si le patient est d’accord. Cependant, dans le cas d’un test réalisé en l’absence de prescription, sur demande expresse du patient (7,5 % des cas), la remise des résultats se fait lors d’un entretien individuel et confidentiel avec le biologiste. Celui-ci doit alors conseiller au patient de prendre contact avec son médecin traitant. En cas de résultat positif et en l’absence de médecin traitant, le biologiste doit proposer un accompagnement au patient. Il peut notamment orienter ce dernier vers un réseau ville-hôpital.