
> Dr Violaine Ozenne
Chef de clinique-assistante, hépatologue – Hôpital Beaujon
> Pr Olivier Farges
Chirurgien – Pôle des maladies de l’appareil digestif – Hôpital Beaujon
Quelle a été la genèse de la réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) sur le carcinome hépatocellulaire (CHC) qui a été mise en place à l’hôpital Beaujon ?
Confrontés à une pathologie aussi complexe que le CHC, les professionnels de notre établissement en charge de cette pathologie (hépatologues, chirurgiens, radiologues, oncologues) ont ressenti très tôt le besoin de se rencontrer et de mettre en commun toutes les informations disponibles pour prendre les meilleures décisions possibles. Ces rencontres qui remontent à 4 ou 5 ans se sont peu à peu formalisées et sont devenues des réunions de concertation pluridisciplinaires « classiques », conformément d’ailleurs aux objectifs stratégiques affichés par la direction de la politique médicale de l’AP-HP.
Pourquoi avoir choisi le carcinome hépatocellulaire comme thème des RCP ?
L’incidence des tumeurs primitives du foie est en progression constante, en rapport avec l’augmentation de l’incidence de la cirrhose posthépatite C et la fréquence du diabète. La prise en charge de ces tumeurs implique un grand nombre d’intervenants de spécialités différentes qui ont parfois des logiques d’intervention propres, d’autant que les niveaux de preuve concernant les traitements sont encore faibles. Il est pourtant indispensable de privilégier un langage commun afin que les patients bénéficient d’une prise en charge diagnostique et thérapeutique la plus codifiée possible.
Depuis 2005, nous disposons d’un référentiel international de prise en charge de ces tumeurs, celui de l'American Association for the Study of Liver Diseases (AASLD) dont nous avons tiré un référentiel local. Lorsque le diagnostic de CHC est établi, l’application de ce référentiel permet d’orienter les patients vers des traitements curatifs (résection, transplantation, radio fréquence), des études randomisées (chimio embolisation ou emploi de nouveaux agents) ou encore, lorsque les patients sont malheureusement au stade terminal de débuter des soins palliatifs.
En pratique, comment ces réunions sont-elles organisées ?
La RCP est hebdomadaire et se déroule dans le service de radiologie. Le chirurgien assiste à toutes les réunions (alors que 80 % des patients ne sont pas opérés). En revanche, il n’a pas été possible pour l’instant d’impliquer dans ces réunions un anatomo-pathologiste. Chaque nouveau patient fait l’objet d’une présentation clinique selon un format que nous avons défini (fiche de présentation standard) par le médecin en charge du patient. Une discussion s’engage et permet à chaque participant d’exposer son point de vue. Nous discutons également des patients pour lesquels un changement de la stratégie est envisagé. La discussion est plus simple lorsqu’une procédure protocolisée est possible. Lorsque la décision est prise, elle est consignée dans le dossier et le patient en est informé. Tous les acteurs qui prennent en charge ce patient sont également informés des décisions prises lors de la RCP.
Quels avantages trouvez-vous à ces RCP ?
Pour les patients, l’avantage est évident. Ils bénéficient de l’expérience et des compétences de plusieurs spécialistes et les pratiques diagnostiques et thérapeutiques tendent à devenir homogènes. En outre, tout ce qui est saisi au niveau informatique est consultable par les différents intervenants. Les comptes rendus de consultation ainsi que les convocations des patients sont directement tirés de la base de données. Celle-ci permet aussi d’alimenter le bilan annuel (678 dossiers présentés pour une file active de 407 patients différents en 2008). En termes de recherche, il y a également un avantage substantiel. Il est ainsi possible de repérer les divergences entre les traitements préconisés et les traitements réellement effectués et d’analyser les raisons de ces divergences. Par exemple, les patients dont l’état clinique s’est aggravé et dont il faut changer la prise en charge. Le suivi des données de la base permet également de mettre en évidence des indicateurs de suivi. Ainsi il y a 20 % de transplantation dans notre établissement alors que des centres à recrutement comparables ont des taux plus bas. Mais dans ce domaine, des indicateurs de suivis sont plus difficiles à définir que pour d’autres pathologies.
Quels conseils donneriez-vous à des professionnels désirant mettre en place une RCP dans leur établissement ?
La RCP est avant tout un lieu d’échanges dans lequel des spécialistes de plusieurs disciplines discutent de la meilleure prise en charge possible d’un patient donné. Ce qui est important, pour la réussite d’une RCP, c’est que chacun y trouve son compte et que le médecin en charge du patient soit présent lors de la discussion. On ne doit pas discuter d’un patient sur une fiche clinique et sur des clichés radiologiques et il ne faut oublier à aucun moment que les décisions engagent l’avenir du patient. Le rôle du coordinateur est également primordial. Nous avons la chance, à Beaujon, d’être aidés pour la mise en route et le suivi des protocoles, par une technicienne d’étude clinique, et d’avoir depuis 2007 une coordinatrice infirmière. Elles tiennent à jour les dossiers et la base de données, organisent les réunions, convoquent les patients et répondent à leurs questions. La coordinatrice est un interlocuteur de référence, à la fois pour les médecins et pour les patients. Le facteur humain est donc un élément majeur de réussite pour la RCP.
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