Interviews de Joëlle André-Vert et Anne-Line Couillerot-Peyrondet 1. Douleur chronique : reconnaître, évaluer, orienter Joëlle André-Vert – Chef de projet – HAS Pourriez-vous préciser le thème central des recommandations sur la douleur chronique publiées par la HAS en janvier dernier ? Les recommandations traitent du parcours de soins, de la reconnaissance d’un syndrome douloureux chronique jusqu’à l’orientation du patient vers une structure pluridisciplinaire d’évaluation et de traitement de la douleur chronique. Comment identifier un syndrome douloureux chronique ? Quelles que soient sa localisation et son intensité, il s’agit d’une douleur qui perdure au-delà du délai habituel d’évolution de la pathologie causale, notamment au-delà de trois mois. Elle est insuffisamment calmée par le traitement ou s’accompagne d’une détérioration progressive des capacités fonctionnelles et relationnelles du patient. L’existence d’une composante anxieuse, dépressive, ou d’autres manifestations psychopathologiques, doit également alerter. Quel bilan entreprendre en ambulatoire ? L’évaluation initiale s’attache à déterminer les antécédents du patient, les causes de la douleur et ses traitements antérieurs, par l’interrogatoire, l’examen clinique et, si nécessaire, la réalisation d’examens complémentaires. L’intensité de la douleur et le suivi de son évolution feront l’objet d’une autoévaluation à l’aide d’une échelle visuelle ou, à défaut, d’une évaluation adaptée. Quand recourir à une structure spécialisée ? Cette orientation ne peut être envisagée qu’après échec d’un traitement adapté et, sauf exception, une fois le bilan initial réalisé. Après une évaluation complémentaire pluridisciplinaire, la structure spécialisée peut réadresser le patient à son médecin traitant, le suivre ou l’orienter vers une structure plus adaptée. Dans tous les cas, le médecin traitant garde toute sa place dans le parcours de soins. Orienter un patient vers une structure spécialisée ne signifie pas abandonner la prise en charge en ambulatoire. C’est initier une démarche de collaboration. 

Afficher le schéma en grand format infographie : Fabrice Mathé 2. Recours aux structures spécialisées : la HAS dresse un état des lieux Anne-Line Couillerot-Peyrondet – Chef de projet – HAS Quel est le profil des patients qui consultent dans les structures d’évaluation et de traitement de la douleur chronique ? L’enquête réalisée par la HAS indique que l’âge moyen des patients est de 53 ans. Il s’agit de femmes dans deux tiers des cas, et la moitié a une activité professionnelle. Les symptômes les plus fréquents sont les lombalgies, les neuropathies ou les céphalées. Dans 53 % des cas, la douleur évolue depuis plus de deux ans.
Qui adresse les patients à ces structures spécialisées ? Quarante-neuf pour cent des patients sont adressés par un médecin généraliste et 39 % par un spécialiste. Le recours à une structure spécialisée est le plus souvent motivé par une demande d’avis thérapeutique, ou d’avis diagnostique et thérapeutique, ou encore par une demande de prise en charge. Selon les professionnels de santé interrogés, ce recours s’avère justifié pour 93 % des patients. La part de recours injustifiés est plus élevée pour les 6 % de patients qui viennent d’eux-mêmes dans une structure spécialisée, ceux qui ne consultent pas au préalable pour leur douleur, ou ceux qui ont un bilan somatique incomplet. Quel est le délai d’attente avant d’obtenir un premier rendez-vous ? Le temps d’attente est de moins d’un mois pour 56 % des patients, mais, dans 21 % des cas, il est d’au moins trois mois. Cependant, il est apparu dans l’enquête que les structures spécialisées tenaient compte du degré d’urgence. Les patients souffrant d’une douleur cancéreuse sont ainsi 70 % à obtenir un rendez-vous dans la semaine. Le bilan préalable, réalisé en ambulatoire, est-il satisfaisant ? Selon les professionnels de santé interrogés dans les structures spécialisées, le bilan est incomplet pour 22 % des patients, car il manque des résultats d’examens complémentaires biologiques ou radiologiques, des résultats d’électromyogramme, ou encore des courriers et avis spécialisés. L’orientation vers une structure spécialisée s’avère justifiée dans la grande majorité des cas, mais l’évaluation somatique pratiquée en amont est jugée incomplète pour un patient sur cinq. |