L'un des objectifs de la HAS est de promouvoir la qualité des prises en charge par le moyen des outils informatiques. Elle a défini une procédure de certification des logiciels d’aide à la prescription (LAP), mais peu de logiciels vont vers la certification.
Quelles sont les difficultés pour évaluer les outils informatiques « métier » dans leurs différentes dimensions et établir les cahiers des charges ?
Quels sont les freins à l'appropriation des outils informatiques par les praticiens ?
Comment financer la mise en place de ces outils ?
Comment évaluer l'apport réel des outils : pour le patient ? Pour le praticien ?
Quels rôles et compétences pour l’Agence des systèmes d’informations de santé partagés (ASIP), l'Assurance Maladie, les organisations professionnelles et la HAS ?
Animée par un membre du Collège de la HAS, la table ronde tentera de répondre à ces questions. Les participants pourront faire valoir leurs points de vue avec les intervenants.
Consulter la synthèse et le diaporama de cette session en bas de page
Modérateur : Étienne CANIARD – Membre du Collège, Haute Autorité de Santé
Intervenants :
A partir de l’exemple d'intégration des Recommandations Vidal dans les logiciels métier, analyse des points les plus importants permettant la bonne appropriation de cette connaissance par les médecins, et notamment :
- la contextualisation des messages (et l'importance du réseau sémantique sous-jacent),
- l'approche suggestive,
- l'assistance aux éditeurs (non familiers de cette approche).
- Claude BRONNER – Association pour l’Informatisation Médicale
Pour promouvoir les outils informatisés pour la qualité des soins en médecine ambulatoire, il est nécessaire d’avoir des outils qui répondent aux besoins des professionnels, auxquels on ajoute des objectifs qualité. Ces objectifs doivent être partagés par les professionnels de santé et faire l’objet d’une rémunération spécifique.
Pour répondre à cet objectif, peuvent être mis en place :
- des panels d’experts, discussion large de leurs propositions,
- une procédure de validation avec un cahier des charges souple et progressif,
- un financement public ou direct par les professionnels solvabilisés.
En sachant que ces évolutions ne doivent pas être freinées par un contexte administratif contraignant !
- André LOTH – Ministère de la Santé et des Sports
L'utilisation d’outils informatisés apporte de nombreux bénéfices pour les professionnels de santé en ambulatoire en termes de qualité des soins, notamment en ce qui concerne :
- la prescription et la délivrance des médicaments et plus largement l’aide à la décision,
- le partage et l’échange d'informations, d’où une meilleure coordination entre professionnels de santé,
- le suivi à domicile et les alertes en temps utile, avec ainsi une meilleure gestion du parcours de soin et un accès aux soins amélioré (prises de rendez-vous, téléconsultations...),
- et enfin, l’accès à la connaissance.
Cependant, certaines conditions, notamment techniques, sont nécessaires pour que les outils informatisés remplissent pleinement leur rôle :
- sécurité des données personnelles,
- interopérabilité des différents systèmes et logiciels,
- réversibilité qui permet de changer de logiciel sans perte des données,
- ergonomie adaptée aux pratiques médicales,
- acilité des mises à jour à faible coût,
- fiabilité des outils et liberté de choix.
Les pouvoirs publics et les institutions ont un rôle important à jouer pour promouvoir ces outils informatisés. La réussite de la démarche repose cependant sur deux facteurs clés essentiels : une gouvernance forte et une coordination entre les nombreux acteurs (ASIP, ANAP, HAS, CNAMTS, MISS...).
- Luc NICOLAS – Ministère de la Santé de Belgique
La certification de logiciels de dossiers patients en pratique ambulatoire (4 métiers) est implémentée en Belgique depuis 2002.
Elaborée d'abord dans une approche consensuelle et accompagnée d'une politique de prime aux utilisateurs, elle a certainement fortement contribué à une informatisation accrue du secteur. Mais elle a aussi montré quelques limites, notamment en termes d'utilisation réelle des fonctionnalités offertes.
Quel premier bilan peut-on effectuer en termes d'impact sur les utilisateurs et l'industrie ?
Quelle est la contribution réelle de ce processus à l'enjeu qualité ?
Quels sont les pistes envisagées aujourd'hui en Belgique pour accélérer le processus ?
Quelles résistances observe-t-on ?
Comment rester compatible avec la législation Européenne en termes de compétition ?
- Dominique POLTON – CNAMTS
Quelques leviers pour faciliter l'informatisation de la médecine de ville, et sur lesquels l'assurance maladie peut avoir un rôle :
1) Le renforcement progressif des exigences de reporting et de résultats sur la qualité et l'efficience de la pratique médicale
Plus on visibilise des indicateurs sur la population servie par les professionnels, plus on fait pression sur ces derniers pour qu'ils aient, à leur niveau, les outils pour gérer ces changements (reminders, listes de personnes avec des care gaps etc.). Même si aujourd'hui cette information peut être rendue disponible par l'assurance maladie, elle ne peut pas se substituer durablement à des outils de gestion au niveau du professionnel lui-même.
Le paiement à la performance avec le CAPI entre dans ce registre, même si les incitatifs financiers ne sont qu’un registre d’incitation parmi d’autres : il devrait pousser à l’utilisation croissante d’outils logiciels permettant de faciliter le suivi clinique et biologique des patients chroniques ou la prescription médicamenteuse.
2) Les incitations financières
De ce point de vue, dans le cadre de la prochaine convention avec les médecins, l'UNCAM a voté des orientations qui prévoient notamment une rénovation du mode de rémunération des médecins : évolution vers une rémunération plus mixte incluant notamment des rémunérations forfaitaires en contrepartie d'engagements de service et de résultats obtenus en termes de santé publique et d’efficience du système de soins. L'utilisation d'un dossier médical informatisé, avec des outils d'aide à la prescription qui iraient dans le sens de la qualité et de l'efficience, pourrait constituer un volet de ces engagements conventionnels et de ces incitations financières.
La facilitation de l’exercice en groupe pourrait être aussi un levier indirect, dès lors que l’informatisation est pratiquement une condition d’un exercice plus collectif (remplacement d’un confrère pour un suivi de patients voire exercice pluriprofessionel nécessitant un partage d’information).
Il faut néanmoins rappeler qu’en matière de dépenses publiques, les marges de manœuvre qu’autorise le contexte financier de l’assurance maladie sont limitées
3) Une condition : être pragmatique dans le développement du système, bâtir sur ce qui existe
Quels que soient les leviers, avoir une approche pragmatique, s’appuyant sur l’existant, avec un développement par étapes, est certainement une condition du succès, comme le montrent un certain nombre d’exemples étrangers (contre-exemples comme le Royaume-Uni, ou réussites comme certaines organisations aux Etats-Unis - Kaiser, qui après une première tentative a renoncé à tout développer ex nihilo, ou l’administration des Vétérans qui a amélioré son système par étape, en commençant par les résultats de biologie puis en ajoutant petit à petit des fonctionnalités).
De ce point de vue, la France présente une situation particulière : les médecins de ville sont peu informatisés (et en tous cas très peu sur des factions complexes de gestion des soins à leurs patients – la situation française semble même extrême de ce point de vue si on en croit une enquête comparative récente), leurs logiciels sont hétérogènes, mais en revanche depuis une dizaine d’années l’assurance maladie a fait un travail très important de consolidation et d’enrichissement de ses bases de données, d’harmonisation inter-régimes, sur un socle Sesam-Vitale généralisé, et avec un développement de téléservices de plus en plus riches en direction des professionnels. Il est important de s’appuyer sur ces avancées.