
La prise en charge précoce d’un accident vasculaire cérébral
Dr Muriel Dhénain
Chef de projet – Service des bonnes pratiques professionnelles – HAS
La HAS vient publier de nouvelles recommandations sur les accidents vasculaires cérébraux (AVC), pourriez-vous préciser les points importants ?
L’accident vasculaire cérébral est une urgence. La prise en charge rapide des patients ayant une suspicion d’AVC nécessite que les symptômes soient connus par la population générale et que les filières de prise en charge préhospitalières et intrahospitalières soient efficaces. L’important est de gagner du temps à tous les niveaux.
Ces nouvelles recommandations ont pour objectifs d’informer le grand public sur les signes d’AVC et l’urgence du traitement, d’optimiser la filière de soins préhospitalière et hospitalière initiale, de réduire la fréquence et la sévérité des séquelles fonctionnelles grâce à une prise en charge multiprofessionnelle précoce en unité neurovasculaire (UNV) ou à défaut dans un établissement ayant structuré une filière de prise en charge en coordination avec une UNV, d’améliorer les pratiques professionnelles de tous les acteurs intervenant dans la prise en charge des AVC. Elles ont été élaborées à la demande de la Direction de l’hospitalisation et de l’organisation des soins et de la Société française neuro-vasculaire. Ces recommandations complètent celles sur la Prévention vasculaire après un infarctus cérébral ou un accident ischémique transitoire (AIT) (lettre Actualités & Pratiques n° 10).
Comment le médecin traitant peut-il agir pour réduire les délais de traitement de l’AVC ?
Tout déficit neurologique focal brutal transitoire ou prolongé doit être reconnu rapidement et considéré comme une suspicion d’AVC (ou d’AIT) jusqu’à preuve du contraire.
Le médecin traitant doit informer les patients à risque vasculaire (c’est-à-dire ceux qui ont des antécédents d’AVC, d’infarctus du myocarde, d’artériopathie des membres inférieurs, d’hypertension artérielle ou encore de diabète) et leur entourage des principaux signes faisant évoquer un AVC ou un accident ischémique transitoire. Le médecin traitant doit préconiser devant ces symptômes d’appeler immédiatement et en premier lieu le Samu centre 15. Il doit transmettre les mêmes messages à l’entourage de ces patients ayant des facteurs de risque vasculaire, parce que la victime d’un AVC peut se retrouver dans l’impossibilité d’appeler elle-même. Enfin, le médecin qui reçoit directement à son cabinet l’appel d’un patient présentant des signes évocateurs d’AVC ou d’AIT doit transférer l’appel au Samu centre 15.

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infographie : Fabrice Mathé
L’accident vasculaire cérébral est une urgence absolue qui impose l’appel du Samu centre 15.
Après l’alerte, quel est le parcours optimal du patient ?
Le médecin régulateur du Samu doit proposer, en priorité, tout patient ayant des signes évocateurs d’un AVC à une UNV. Ces patients doivent avoir très rapidement une imagerie cérébrale – au mieux une IRM, sinon un scanner –, de façon à pouvoir initier la thrombolyse le plus tôt possible en cas d’accident ischémique confirmé, et en l’absence de contre-indication. Le délai maximal de réalisation d’une thrombolyse a été porté, dans ces recommandations, à quatre heures trente, cependant, l’efficacité du traitement est d’autant plus importante que le traitement est donné tôt.
Un programme pilote pour les accidents vasculaires cérébraux
Le programme pilote de la HAS pour l’optimisation de la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux, lancé en décembre 2008, a permis d’accompagner les professionnels de santé dans la conception et la mise à disposition d’outils d’amélioration des pratiques. « Il s’agissait, tout d’abord, de définir des indicateurs de pratique clinique sur les étapes critiques et les points clés de la prise en charge », explique Marie Erbault, chef de projet dans le service des programmes pilotes.
Le groupe de travail, qui a réuni plus de quatre-vingt-dix experts, a élaboré des indicateurs de pratique clinique sur toute la filière : depuis l’alerte jusqu’au suivi à un an post-AVC. Les médecins généralistes du groupe ont sélectionné des indicateurs de suivi de la première année ; concernant la prévention vasculaire, ces indicateurs sont identiques à ceux utilisés pour le suivi postinfarctus du myocarde.
Les recommandations 2009 sur la prise en charge précoce de l’AVC et celles de 2008 sur la prévention vasculaire après un infarctus cérébral ou un accident ischémique transitoire, aujourd’hui disponibles, s’articulent avec le programme pilote.
L’ensemble des indicateurs sera consolidé en tout début d’année 2010. Ce socle partagé doit servir de base aux professionnels qui souhaitent engager une démarche d’amélioration de la qualité de leurs pratiques.
En 2010, un espace thématique en ligne offrira aux professionnels et à leurs structures (médicales et paramédicales) un espace d’échange d’expérience et la mise en commun d’outils d’amélioration (protocoles, outils d’aide à la décision…) conçus par les organisations professionnelles.
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