• Pourriez-vous présenter la maison de santé de Bletterans dans laquelle vous exercez ?
La maison de santé de Bletterans, dans le Jura, fonctionne depuis 2001. Elle regroupe 23 professionnels de santé (8 généralistes, 5 infirmières, 4 kinésithérapeutes, 3 podologues, 1 orthophoniste, 1 diététicien et 1 psychologue) pour un bassin de population d’environ 18 000 habitants. Les professionnels qui la composent prennent en charge toutes les personnes qui ont besoin de soins de premier recours non programmés et toutes les pathologies chroniques. Ils font aussi l’éducation thérapeutique des patients. La prise en charge globale en pluridisciplinaire se traduit par des protocoles de prise en charge, de suivi et d’amélioration des pratiques. La maison médicale assure également la permanence des soins. Elle est ouverte 7 jours sur 7, de 8h à 20 heures. Les taches administratives sont réalisées par un secrétariat commun à tous les professionnels de santé.
• Comment en êtes-vous arrivés à mettre en place des indicateurs de suivi ?
L’article 44 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2008 a permis l’expérimentation de nouveaux modes de rémunération des soins. Les maisons de santé, mais aussi les centres de santé et les pôles de santé, qui favorisent la coopération entre professionnels sont au premier plan pour être au centre de cette expérimentation. Nous avons signé une convention avec la mission régionale de santé (MRS) et nous avons pris l’engagement d’atteindre les objectifs fixés. Les indicateurs en rapport avec ces objectifs sont des indicateurs de coordination, de qualité des pratiques et d’efficience. Ils ont été élaborés avec des professionnels de santé, la HAS, les services ministériels et l’Assurance maladie. Les indicateurs de coordination prennent en compte le temps passé entre les professionnels à coordonner leurs actions autour du patient (ce temps n’est habituellement pas rémunéré, alors qu’il est un élément important de la qualité et de la sécurité des soins). Les indicateurs de qualité des pratiques concernent le dépistage des cancers, la prévention de la grippe, l’HTA, le diabète, l’obésité, le risque cardio-vasculaire, la maladie d’Alzheimer, les lombalgies chroniques, la prescription de génériques et la prescription par les paramédicaux. Je précise que ces indicateurs sont différents de ceux proposés par la CNAM dans le cadre du Contrat d’amélioration des pratiques (Capi) et qu’il est demandé à chaque maison de faire un choix parmi les 26 proposés, en fonction de nos propres priorités. Les indicateurs d’efficience, concernent notamment le bon usage des médicaments génériques, la diminution du recours à l’hospitalisation et le bon usage des transports sanitaires.
• En pratique, comment se déroule le processus ?
L’expérimentation en est à son début et les modalités exactes, comme par exemple la fréquence des recueils, ne sont pas encore totalement définies. Ce qui est important à nos yeux c’est que les résultats sont ceux de la structure, calculés sur les résultats agrégés de tous les professionnels et non sur ceux de chaque professionnel pris individuellement. C’est l’Irdes qui est chargée de mener cette évaluation et qui nous enverra régulièrement les résultats intermédiaires. La première année sera une année « blanche » qui permettra de faire un état des lieux à T0.
Le montant versé pour l’expérimentation est garanti les deux premières années. Ce n’est qu’à la fin de la deuxième année de l’expérimentation que le montant du forfait sera défini en fonction du niveau global de réalisation des objectifs.
• Parallèlement aux critères de suivi des nouveaux modes de rémunération, vous avez mis en place des critères de suivi de Formation médicale continue. Quel type de formation suivez-vous ?
Notre FMC se déroule toutes les semaines par Web conférence. Elle est organisée par l’École européenne de chirurgie (EEC) dans les locaux de l’université René Descartes à Paris. La séance de formation débute avec la présentation de trois cas cliniques par les médecins généralistes de Bletterans. L’intervenant spécialiste, qui est filmé à Paris et qui peut voir sur un écran les participants à la FMC, répond à ces cas cliniques et établit les meilleures démarches de prise en charge pour ce sujet. Ensuite, la directrice médicale de l’EEC coordonne la rédaction d’un aide-mémoire sur la pathologie traitée, celui-ci est inséré dans l’outil d’information, après validation par l’expert et les professionnels de santé de Bletterans. L’aide-mémoire pourra ainsi être consulté en temps réel au quotidien. Des critères de suivi de l’amélioration des pratiques consécutives à ces FMC sont déterminés par l’EEC et les MG et sont suivis régulièrement tous les trois mois par notre chef de projet en recherche clinique.
• Le rapport de la mission ministérielle sur le bilan des maisons et des pôles de santé, qui vient d’être récemment rendu public insiste sur le déploiement d’un système d’information partagée. Disposez-vous d’un tel système ?
Nous utilisons un logiciel médical « communiquant » entre les différents professionnels de la maison de santé. Chacun d’entre nous, avec des limitations selon les professions, se sert du même dossier patient. Ce dossier permet également d’extraire les données sur une seule et même base de données pour réaliser toutes sortes de statistiques. Les dossiers sont externalisés dans les locaux de l’éditeur du logiciel et nous y accédons grâce à des lignes SDSL sécurisées de très haut débit. L’avantage, pour nous, réside dans l’absence de maintenance, dans le fait que les mises à jour régulières sont faites directement par l'éditeur et que les calculs statistiques que nous souhaitons réaliser pour analyser nos données sont effectués avec les ordinateurs puissants de l’éditeur.
Retour au sommaire