De multiples travaux de recherche ont été consacrés ces dernières années à la sécurité du patient et aux soins médicaux peu sûrs. Ces derniers ont largement été analysés et beaucoup d’efforts ont été engagés pour savoir quelle en est la fréquence, quelles en sont les conséquences sur le patient en termes de mortalité et de morbidité et quelles peuvent être les meilleures solutions pour y faire face. Néanmoins, ces recherches sont insuffisantes et les données encore largement imprécises.
Consciente des lacunes importantes qui existent dans ce domaine, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé à un groupe d’experts internationaux de définir des priorités en matière de recherche. Le rapport rendu en 2008 constitue une photographie de la sécurité du patient dans le monde. Il confirme l’insuffisance notable de connaissances et émet des recommandations. Parmi celles-ci, l’importance de disposer de plus de données, surtout en provenance des pays en voie de développement, de prendre en compte la culture et les habitudes des pays concernés et d’appliquer plus systématiquement les résultats de la recherche à la pratique médicale.
Dans un article1 de 2010 paru dans Quality and Safety of Health Care, les auteurs principaux du rapport de l’OMS, reviennent sur ses conclusions et en rappellent les grandes lignes.
Le groupe d’experts consulté a réalisé une revue de la littérature mondiale et a identifié 23 thèmes majeurs qui expliquent les soins médicaux peu sûrs (SMPS). Ces thèmes ont été classés en trois catégories selon qu’ils concernent les structures, les processus ou les résultats.
Parmi les facteurs structurels contribuant à des SMPS, les ruptures dans
la continuité des soins, qui affectent surtout les systèmes complexes comme ceux représentés par l’hôpital, représentent une cause très importante. L’insuffisance de personnel médical, la pression exercée par le rythme de travail, la mauvaise communication, la fatigue et la distraction sont également des facteurs importants. Un autre facteur est représenté par l’absence de culture de sécurité avec en particulier la peur d’être blâmé en cas d’erreur. Enfin toutes les interfaces entre l’homme et la machine (le facteur humain) peuvent être à l’origine des SMPS.
En ce qui concerne les processus, les auteurs expliquent que les mauvais diagnostics représentent une cause majeure, non suffisamment étudiée, d’erreurs médicales. Ainsi, certaines études suggèrent que 10 à 15 % des diagnostics médicaux seraient incorrects. L’absence de suivi des examens de laboratoire représente une autre cause de SMPS. Les examens de laboratoire demandés dans des pathologies pour lesquelles il est important d’obtenir ces renseignements, ne seraient pas consultés dans la moitié des cas. Une autre cause importante à l’origine de SMPS se rencontre surtout dans les pays en voie de développement. Il s’agit de l’utilisation de médicaments contrefaits ou pour lesquels la substance active est absente ou différente (par exemple des antidépresseurs vendus comme antirétroviraux). Dix à 30 % des médicaments vendus au niveau mondial seraient contrefaits et il est probable que des centaines de milliers de personnes meurent chaque année dans le monde à cause de l’utilisation de ces médicaments. Classée dans les processus, la pratique des injections médicamenteuses représente une part importante de SMPS : l’OMS estime que 16 billions d’injections sont réalisées chaque année dans le monde et que plus de 40 % de ces injections sont réalisées avec des seringues et des aiguilles réutilisées et non stérilisées.
Dans la catégorie résultats, les auteurs estiment qu’entre 7,5 % et 10,4 % des hospitalisations sont dues aux seuls médicaments et qu’elles pourraient être évitées dans 28 à 56 % des cas. L’appareillage médical représente une autre cause substantielle de lésions pour les patients. Rien qu’aux USA, on estime que chaque année il survient 1 million d’événements indésirables en rapport avec les dispositifs médicaux. Il est probable que dans les pays en voie de développement, le problème est encore plus important dans la mesure où la maintenance de ces dispositifs est peu assurée. Sans surprise, la chirurgie et l’anesthésie représentent également une cause importante de SMPS. Aux USA, on estime que les événements indésirables en rapport avec la chirurgie représentent 48 % de l’ensemble des événements indésirables et pourraient être prévenus dans la moitié ou les trois quarts des cas. Les infections nosocomiales constituent le lot de 5 à 10 % des patients hospitalisés dans les pays développés et 25 à 40 % dans les pays en voie de développement. Enfin, les produits sanguins représentent une autre importante source d’infections dans les pays en voie de développement puisque 5 à 15 % des contaminations HIV seraient dues à des produits sanguins dangereux. Les produits sanguins sont également responsables de la transmission des hépatites B et C, de la syphilis, du paludisme, de la maladie de Chagas et de la fièvre du Nil.
Les trois principales conclusions de l’article sont (1) que les SMPS sont extrêmement répandus et représentent un poids très lourd pour les économies des pays, (2) que la majorité des études proviennent des pays développés et ne renseignent pas sur l’étendue du problème dans les pays en voie de développement et (3) que d’une façon générale, beaucoup de données sont encore à recueillir, en particulier, celles concernant les soins primaires et les pathologies chroniques.
1.Jha AK, Prasopa-Plaizier N, Larizgoita I, Bates DW. Patient safety research: an overview of the global evidence. Qual Saf Health Care. 2010;10:42-47.
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