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Terrain – Lettre de la HAS n° 22 – Mai-juin 2010

Événements porteurs de risques : premiers retours d’expérience

Les médecins exerçant une spécialité à risque peuvent être accrédités. Une fois engagés dans la démarche, ils déclarent les événements porteurs de risques dans une base de données, en vue d’améliorer in fine les pratiques.


L’amélioration des pratiques professionnelles passe notamment par l’analyse des événements indésirables graves (EIG), mais aussi par les événements porteurs de risques (EPR). Ces derniers sont définis comme des événements médicaux qui auraient pu avoir des conséquences sur le patient mais qui n’en ont pas eu, contrairement aux EIG. « Ce qui nous intéresse dans la déclaration et l’analyse de ces EPR, c’est de comprendre et de valoriser ce qui a permis de ne pas aller jusqu’à l’incident grave. De cette façon, nous espérons identifier de nouvelles barrières de sécurité et acculturer les médecins à une nouvelle forme de sécurité », explique Marc Fumey, adjoint au chef de service évaluation et amélioration des pratiques de la HAS. 

Une démarche volontaire 

Il y a plus de deux ans, la HAS a lancé une procédure d’accréditation des médecins exerçant dans des spécialités à risque en établissements de santé. Elle concerne environ 35 000 praticiens, essentiellement des chirurgiens, gynécologues-obstétriciens et anesthésistes- réanimateurs.
L’accréditation est une démarche volontaire de gestion des risques. Dans le cadre de cette accréditation, les médecins doivent déclarer les EPR dans une base de données anonyme de retour d’expérience (base REX). Ces EPR sont ensuite analysés, pour en comprendre les causes et ce qui a permis d’éviter des conséquences graves pour le patient. Cela donne lieu à des actions d’amélioration des pratiques. Des experts de chaque spécialité analysent ces EPR. « Pour obtenir l’accréditation, le médecin doit aussi mettre en oeuvre des recommandations de sa spécialité et participer à des activités visant à réduire les risques comme par exemple des démarches d’évaluation des pratiques professionnelles ou d’amélioration des connaissances », décrit Marc Fumey. Toutes ces obligations sont gérées par spécialité via un organisme agréé fédérateur unique (OA). Chaque organisme a au préalable défini une cartographie de ses risques et une stratégie pour les réduire. Aujourd’hui, plus de 9 000 médecins sont engagés dans ce processus, et 4 800 sont accrédités.
La base REX est riche de plus de 20 000 EPR déclarés, dont les deux tiers ont été analysés. « On peut considérer cela comme un succès », déclare Marc Fumey. Les organismes agréés en ont tiré des enseignements, comme par exemple l’identification de nouvelles situations à risques, des propositions d’évolution de recommandations existantes ou bien encore la mise en oeuvre d’activités communes à plusieurs spécialités telles que la check-list sécurité du patient au bloc opératoire.

L’accent sur l’interdisciplinarité

« Nous savons, depuis une dizaine d’années, que la première source de risque médical réside dans le caractère organisationnel et systémique des soins », insiste le Pr René Amalberti, conseiller sécurité des soins, à la direction de l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins de la HAS. La coordination du parcours de soins demande une extrême vigilance et l’interdisciplinarité doit être au coeur de la politique de gestion des risques. Cette dimension est essentielle dans la déclaration des EPR. « La valeur ajoutée de l’accréditation passe notamment par la qualité de la déclaration des EPR et de leur analyse multidisciplinaire », résume le Pr Amalberti.

 


Zoom sur l’expérience de Plastirisq
De nombreux organismes sont agréés, par spécialité, pour l’accréditation. Plastirisq accrédite ainsi les spécialistes de la chirurgie plastique reconstructrice et esthétique. Sur les 800 à 1 000 chirurgiens plasticiens en France, 600 sont engagés auprès de Plastirisq et 428 sont accrédités. « Grâce à 2 500 EPR déclarés, nous avons identifié certains dysfonctionnements qui ne l’avaient pas été auparavant et avons ainsi attiré l’attention de nos collègues, décrit le Dr Yves Hepner, coordinateur accréditation de Plastirisq. Après plus de deux ans d’existence, cette démarche a permis d’améliorer de 30 % la performance d’analyse de nos experts. »
À court terme, l’objectif est aussi de faire progresser la qualité des déclarations d’EPR et leurs analyses afin d’améliorer les pratiques.


  

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