Mesurer l’amélioration de la qualité des soins, pourquoi, pour qui, si ce n’est pour plus de vie en bonne santé, si ce n’est pour le patient lui-même ?
Les indicateurs de qualité mesurent des processus choisis pour leurs capacités discriminantes et leurs applications communes à tous les établissements, afin de promouvoir la qualité et la sécurité, faire des comparaisons, et ainsi avoir la possibilité de valoriser les meilleurs ou améliorer les autres. Ces indicateurs peuvent utilement être mobilisés dans le cadre de dynamiques d’amélioration continue de la qualité des soins. Néanmoins, les processus n’ont le plus souvent aucune relation directe avec le résultat clinique, comme le prouve la pauvreté de la littérature sur ce sujet. Les médecins qui ne voient que peu ou pas d’avantage pour l’obtention d’un résultat clinique, adhèrent difficilement à ces démarches et font preuve d’inertie pour s’engager dans des initiatives basées sur des mesures de processus.
Alors pourquoi ne pas renverser la question et demander aux cliniciens de rechercher les impacts cliniques des actions d’amélioration de la qualité qu’ils ont menées ?
Un appel à résumés a été lancé auprès des équipes cliniques de France. Jamais la question de la qualité en santé n’avait été posée de cette façon. Nous avons reçu 292 résumés qui ont tous été évalués par 6 notateurs. Souvent il s’agit d’initiatives de terrain, locales et pourtant démonstratives de l’efficacité sur le résultat clinique (mortalité et morbidité) et reprises dans le soin quotidien. Les initiatives d’amélioration de la qualité sont souvent bénéfiques pour la mortalité et la morbidité des patients, avec un résultat mesurable.
Les cliniciens et plus généralement les professionnels de santé ont leur place dans l’élaboration des critères de qualité et de sécurité des soins.
Cela oblige à changer l’optique de la démarche qualité, non plus par la comparaison des structures hospitalières ou des différents secteurs du système de soins comme les médecins de premier recours, mais par l’optimisation d’un parcours de soins depuis le premier symptôme jusqu’au terme de la prise en charge d’un malade. Cela oblige donc à s’intéresser à chaque maladie ou situation clinique séparément pour mieux évaluer l’effet du parcours de soin sur l’évolution de l’état clinique du malade, sa mortalité et sa morbidité.
Deux orientations s’ouvrent dans cette perspective. D’une part, la qualité et la sécurité des soins ne sont pas cantonnées au seul passage dans un établissement de soins mais au parcours de soin intégré avant, pendant, et après l’hospitalisation. L’accès aux soins et l’organisation des soins pour chaque maladie ou problème de santé font partie de la qualité des soins et ont une incidence sur le résultat clinique. D’autre part, la recherche de processus significatifs de qualité des soins pour obtenir un résultat clinique doit trouver son origine dans des études démontrant une différence de morbidité ou de mortalité. Ces indicateurs que l’on dénomme « indicateur reverse », sont définis à partir des études de comparaisons de mortalité ou de morbidité qui permettront d’identifier le processus le plus directement corrélé aux résultats cliniques.
Ainsi les médecins et autres professionnels de santé se reconnaîtront mieux dans la réponse aux demandes de mesures pour l’amélioration de la qualité, et la collaboration de tous pour une meilleure qualité des soins sera consolidée.
* Les 186 travaux retenus sont publiés et consultables sur « Quality and Safety in Healthcare ».
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