La réussite d'un changement se concrétise par une nouvelle situation, un nouveau départ
Le 24 juin 2010, lors de son 4e congrès national à Nice, la médecine générale a créé avec succès son Collège spécifique, regroupant les trois composantes indispensables à la structuration de la discipline : scientifique, universitaire et professionnelle.
C’est ainsi que la médecine générale a pris son nouveau départ, avec une nouvelle identité, dans une nouvelle organisation et avec une vigueur retrouvée.
Tout ceci s’est fait dans un contexte professionnel complexe et difficile du fait notamment de la mutation profonde de l’exercice.
Nombreuses et légitimes furent les résistances, face aux étapes de transitions individuelles et organisationnelles, induites par la volonté même de la profession de construire un cadre unitaire, de s’adapter aux évolutions sociétales.
La transition se produit beaucoup plus lentement que le changement. Pour la réussir, il est nécessaire d’aider à faire sens de ce qui arrive. Et lorsque l’on réussit ses transitions, on capitalise pour tout ce qui peut arriver dans l’avenir.
« Mettre ensemble la stratégie en action »
Dans des contextes de changement à fort enjeu, le défi reste grand et chacun doit prendre ses responsabilités pour maintenir la motivation et la confiance tout en visant la performance et le développement professionnel. Reste à savoir comment mettre ensemble la stratégie en action.
Il y a, entre la stratégie globale et les opérations, un temps décisif : celui de la transformation, qui demande des processus de conception, des décisions et un accompagnement spécifique.
Dans le cadre de ses missions, la HAS agit pour améliorer la qualité en santé. Elle accompagne les professionnels dans l’amélioration de leurs pratiques auprès des patients.
La dynamique récente de rassemblement de la médecine générale et l’émergence d’un réseau de structures fédératives propre à la discipline visent à l’amélioration de la qualité des pratiques professionnelles. La HAS a partagé très tôt ce projet ambitieux et voulu parier sur l’avenir en guidant les médecins généralistes vers l’action.
Ce n’était pourtant pas gagné d’avance.
J’ai un souvenir très net d’une rencontre en septembre 2007 avec les confrères généralistes, où j’avais bien perçu leur inquiétude forte sur l’avenir de leur discipline, comme sur la création d’un Collège unique, et leurs doutes quant au soutien de la HAS.
Il faut bien reconnaître qu’une institution comme la nôtre, jeune de surcroît, peut susciter la peur de l'inconnu comparée à la sécurité de ce que l'on connaît et maîtrise, ce qui a tendance à provoquer de nombreuses émotions et oppositions.
« Les premiers pas vers un travail collaboratif…»
Entre 2007 et 2008, j’ai pu constater les premiers pas vers un travail collaboratif des 4 sociétés savantes de médecine générale. Ce mouvement fédérateur s’est concrétisé le 16 juillet 2008 à la fois par le Regroupement des sociétés savantes de médecine générale, le RSSMG et par la production de premiers travaux portant sur la démarche qualité en santé, Pascale Arnould a alors été reconnue comme la coordonnatrice du RSSMG.
À l’issue de cette rencontre, j’ai perçu combien la motivation était importante pour aller plus loin ensemble. Pour faciliter la fédération, la plus large possible, autour du RSSMG, un programme de travail s’est mis en place en 2009 avec l’organisation de trois séminaires, ouverts progressivement à l’ensemble de toutes les structures qui composent la discipline. Ces trois séminaires fondateurs se sont déroulés avec l’accompagnement méthodologique et logistique de la HAS.
Au-delà de la dimension des pratiques professionnelles, un processus de maturation s’est produit dans la même période pour poser les bases d’un Collège représentatif de la discipline, en constituant le groupe « Vers un Collège » (VUC).
Plus de 40 structures ont travaillé au sein de cinq groupes créés depuis un an, dans le dispositif VUC.
Puis le VUC a laissé la place officiellement au Collège de la médecine générale.
« Agir ensemble sur les leviers majeurs du changement »
L’expertise de la HAS, au service des professionnels et des patients, est fondée sur le respect d’un cadre méthodologique rigoureux, sur le respect de l’engagement et de la transparence.
Pour donner un sens concret à l’accompagnement des généralistes et de leurs organisations, il fallait avant tout partager des valeurs communes, puis mettre en cohérence ces valeurs en alignant les objectifs individuels et collectifs de la profession avec les projets stratégiques de l’institution.
Ainsi, nous avons fait le choix d’une approche pragmatique, partant des préoccupations du terrain, pour agir ensemble sur les leviers majeurs du changement, c'est-à-dire proposer une aide « sur mesure » pour les professionnels.
De fait, la façon institutionnelle de la HAS d’accompagner les professionnels a permis de mieux se connaître, d’instaurer un climat de confiance réciproque et de se mettre au diapason des aspirations de la profession pour encourager sa progression et sa dynamique fédérative.
« Nouveaux enjeux et défis pour la médecine générale »
Aujourd’hui je suis fier d’avoir accompagné la médecine générale et heureux, dans cette période historique pour la discipline, d’être le témoin de sa réussite, avec la naissance de son Collège qui s’est concrétisée le 25 juin 2010 par la signature des statuts, puis l’élection du bureau et la nomination de son président, le Pr Pierre-Louis Druais, que je salue.
Il s’agit dès à présent d’engager un véritable partenariat entre la HAS et le Collège de la spécialité : un partenariat qui tienne compte de la situation particulière de la médecine générale dans le système de soins, mais aussi un partenariat pour développer des méthodes et outils innovants, apporter aux professionnels savoir et savoir-faire, et capitaliser sur les succès.
De réels enjeux s’ouvrent à la médecine générale et de nouveaux défis sont à relever, en lien avec la loi portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires. Dans cette perspective, le Collège aura à porter un regard pluriel et complémentaire sur l’évolution des nouvelles conditions d’exercice et de pratiques professionnelles.
La HAS souhaite continuer à accompagner la profession dans ses réflexions, sa mutation et aider le Collège de la médecine générale à trouver des solutions pertinentes, efficaces et adaptées au contexte et besoins spécifiques, depuis la recherche sur la qualité jusqu’au développement professionnel continu, dans l’intérêt des professionnels mais aussi des patients.
S’il convient de construire un partenariat pérenne, il importe que la médecine générale prenne les rênes de son avenir !
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