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Appareillage en orthopédie

Web page - Posted on Nov 07 2016

Point de vue de Philippe Fourny et Rémi Kohler

(Extrait de l’article « Prothèses de membres, corsets, orthèses… Tout savoir sur les appareillages orthopédiques externes et ceux qui les conçoivent » consultable sur le site de la Sofcot)

Dans le traitement de certaines pathologies, les chirurgiens orthopédistes, s’appuient sur des spécialistes aussi précieux qu’incontournables : les orthoprothésistes. Ces professionnels sont les seuls habilités à concevoir et fabriquer les grands appareillages externes sur mesure comme les corsets ou les prothèses de membres.

Gros plan sur les missions et les techniques d’une profession méconnue qui contribue chaque année à compenser ou corriger le handicap de dizaines de milliers de patients.

Les appareillages orthopédiques externes dont la mise en place n’exige pas d’intervention chirurgicale (contrairement aux prothèses implantées de hanche et de genou, par exemple) se décomposent en deux grandes familles :

• Les prothèses externes
La prothèse vient remplacer un membre entier manquant ou une partie de membre (jambe, pied, avant-bras, main…)  qui a été amputé. Contrairement aux idées reçues, la plupart des amputations ne sont pas dues à un traumatisme (30 % des cas) mais dans 60 % des cas aux effets d’une maladie délétère (cardiopathie, diabète, artérite …) chez des patients âgés. L’amputation est également pratiquée dans le traitement des cancers (exceptionnellement de nos jours, 5 %), pour régulariser une agénésie (2 %), c’est-à-dire une malformation de naissance comme un pied très malformé  ou un membre extrêmement court et dans d’autres cas divers (3 %). 

• Les orthèses
Une orthèse vient suppléer une carence de façon temporaire ou définitive, compenser un handicap ou une déficience ostéoarticulaire, musculaire ou neurologique. La plus répandue est le « corset » dont il existe deux grandes familles : les corsets de maintien, qui se contentent de maintenir le tronc à la suite d’une fracture vertébrale ou d’une opération chirurgicale et les corsets de correction qui réduisent une déviation du rachis dans le but de prévenir son aggravation et éviter une intervention. Les orthèses sont aussi placées sur les membres supérieurs et inférieurs, par exemple, pour réduire une douleur due à l’arthrose ou immobiliser ou décharger une articulation.
Parallèlement, on doit distinguer le grand appareillage réalisé sur mesure (corsets et prothèses de membres), abordé dans cet article, du petit appareillage, qu’il soit standard fabriqué en série (petites attelles, colliers cervicaux…) et vendu dans les pharmacies et magasins d’aides techniques, ou fabriqué sur mesure mais uniquement pour de petites orthèses à même le membre et sans utiliser de moulage.

 Le grand appareillage orthopédique sur mesure en chiffres (2013 Source : UFOP) 

 92 776 orthèses de tronc

 7 685 orthèses de membres supérieurs

 41 847 orthèses de membres inférieurs

 1 577 prothèses de membres supérieurs

 16 067 prothèses de membres inférieurs 

Quelle est la durée de vie d’un appareillage ?

Les appareils orthopédiques sont renouvelés tous les 3 à 5 ans mais plus souvent chez les enfants afin de s’adapter à leur croissance. Par exemple, un adolescent atteint  de scoliose, disposera pendant la durée du traitement entre 13 et 17 ans de 2 ou 3 corsets différents et successifs. Pour une prothèse de membre inférieur, il est parfois nécessaire de remplacer une partie des composants qui s’usent avec le temps.

Quels progrès peut-on attendre des appareillages de demain ?

Depuis qu’ils existent, les orthoprothésistes ont un objectif, véritable fil rouge de la profession : la quête de la légèreté et de la robustesse. De nouvelles avancées dans ce domaine continueront à intervenir dans les années à venir. Mais leurs recherches se concentrent également sur l’interface de commande des prothèses, notamment sur la prothèse de main. Depuis les années 70, la commande d’une main prothétique peut être myoélectrique. Pour commander sa prothèse, le patient contracte un muscle où est placé un capteur.

Bien que les technologies aient progressé au fil des années avec l’apparition de logiciels embarqués analysant l’objet à manipuler, les mouvements restent sommaires et se résument à ouverture/fermeture, opposition avec le pouce, pince et pronosupination. D’où l’ambition d’aller beaucoup plus loin afin de permettre au patient de retrouver le plus grand nombre possible de fonctions parmi la centaine qu’est capable de remplir une main valide. Des recherches dans ce domaine sont en cours visant à essayer de connecter la prothèse au système nerveux central ou périphérique mais il ne faut pas en attendre d’avancées concrètes avant quelques années.

Pour les prothèses du membre inférieur, l’enjeu se concentre sur le genou. Depuis les années 2000, il existe des genoux «intelligents » équipés d’un gyroscope et capables d’analyser les mouvements du genou valide pour caler le rythme et l’ampleur du pas de la prothèse. Demain, des projets pourraient permettre d’aller plus loin dans la précision de la commande. Des français ont ainsi réalisé récemment une première mondiale en concevant un prototype de jambe bionique intégrant une liaison intelligente entre la cheville et le genou.

Le 8 novembre 2016
Extrait de l’article « Prothèses de membres, corsets, orthèses… Tout savoir sur les appareillages
orthopédiques externes et ceux qui les conçoivent » consultable sur le site de la Sofcot

Philippe Fourny
– Délégué  général de l’Ufop  (l’Union française des orthoprothésistes)
Rémi Kohler
– chirurgien orthopédiste infantile,  ancien Président de l’AOT
(Académie d’orthopédie et de traumatologie)

Les propos tenus dans cet article sont sous la responsabilité de leur auteur.

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