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Médecine humanitaire et orthopédie pédiatrique

Web page - Posted on Nov 07 2016

Entretien avec le Pr Jérôme Sales de Gauzy

La médecine française est depuis longtemps très impliquée dans l’action humanitaire. L’aide peut être urgente et ponctuelle en cas de catastrophe naturelle ou temporaire comme dans les situations de guerre responsables d’un délitement des structures médicales. L’aide peut aussi s’établir sur la durée dans le cadre d’une coopération avec les pays émergents. C’est dans cette situation que l’orthopédie pédiatrique a toute sa place. Au cours de ces 10 dernières années, plus de 40 membres de la Société française d’orthopédie pédiatrique ont participé à des missions humanitaires, réalisant plus de 400 missions dans 31 pays essentiellement en Afrique, en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient.

Si chaque situation est particulière en fonction des pays, de la structure d’accueil, de l’organisation, toutes les missions humanitaires ont en commun de s’éloigner énormément de notre pratique quotidienne, ceci nécessitant de la part du missionnaire de l’expérience et un pouvoir d’adaptation à de multiples situations qui peuvent paraître parfois incongrues.

Les pathologies peuvent être différentes par rapport à celles rencontrées en Europe. Les cas de tuberculose osseuse et notamment de mal de Pott sont encore très fréquents dans les pays émergents. Les cas de poliomyélite sont encore présents, mais grâce aux campagnes de vaccinations, leur fréquence a nettement diminuée au cours des 20 dernières années. D’autre part, les pathologies sont plus graves, car non prises en charge ou insuffisamment traitées, on rencontre ainsi des patients avec des déformations majeures des membres ou de la colonne vertébrale.

Les conditions de travail sont plus difficiles. Une multitude de patients doivent être vus en consultation en très peu de temps. La barrière de la langue est fréquente. L’équipement au bloc opératoire est souvent rudimentaire. Le suivi en rééducation est parfois inexistant.

Ainsi nous devons adopter des stratégies de prise en charge différentes par rapport aux situations européennes. Il faut savoir aller à l’essentiel, avoir des indications ciblées visant à améliorer l’état du patient en évitant surtout toute acrobatie chirurgicale. Il faut  parfois savoir dire non quand l’état du patient, la gravité de la pathologie ou l’insuffisance de matériel rendent le résultat final aléatoire.

Parallèlement à l’activité de soin, L’enseignement doit être omniprésent dans le but d’améliorer les compétences des équipes locales et de leur permettre de s’autonomiser. Bien sûr cet enseignement doit s’effectuer en concertation avec l’université locale afin d’éviter tout conflit et ne pas mettre en difficulté les équipes.

Enfin, la mission ne s’arrête pas au départ du missionnaire, mais doit se prolonger par le suivi des patients et l’évaluation des résultats qui sont indispensables pour juger de l’efficacité et de l’utilité de notre travail.

Si l’école française d’orthopédie joue un rôle important dans la médecine humanitaire, elle n’est qu’un des maillons d’une chaîne dont il faut saluer tous les acteurs et notamment les bénévoles des ONG et les donateurs.

Le 8 novembre 2016
Pr Jérôme Sales de Gauzy  - CHU Toulouse

Les propos tenus dans cet article sont sous la responsabilité de leur auteur.