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Maladie d’Alzheimer : du diagnostic à la prise en charge

19.03.2017

Il y a quelques années, la HAS avait publié un document synthétisant l’ensemble des travaux réalisés sur la prise en charge des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Karine Petitprez*, du service des bonnes pratiques professionnelles à la HAS, en présentait les grandes lignes.

 

Y-a-t-il un intérêt à établir un diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer ?

Il est impossible de guérir de cette maladie aujourd’hui. Cependant, un diagnostic précoce pourrait permettre d’assurer une meilleure qualité de vie au patient et à son entourage grâce à une prise en charge adaptée. Plus tôt le diagnostic est posé, plus vite cette prise en charge peut être instaurée, permettant éventuellement de retarder l’entrée du patient en établissement spécialisé.

 

Comment établir le diagnostic ?

La suspicion d’une maladie d’Alzheimer est évoquée devant des troubles cognitifs, notamment des troubles de la mémoire, dont se plaignent le patient ou son entourage. Le généraliste initie la démarche diagnostique par un entretien et un examen clinique. Il évalue le degré de vigilance et identifie une éventuelle confusion mentale. Il apprécie aussi l’état général et cardio-vasculaire, et recherche d’éventuels déficits sensoriels ou moteurs. À ce stade, le médecin traitant adresse le plus souvent le patient à un spécialiste ou à une équipe spécialisée, qui établit le diagnostic à l’aide de tests standardisés et d’examens paracliniques. Il peut s’agir d’un neurologue, d’un gériatre, d’un psychiatre ou de l’équipe d’une consultation mémoire hospitalière ou libérale. Tout dépend de l’offre disponible localement, mais elle s’est développée sous l’impulsion des différents plans concernant la maladie d'Alzheimer et les maladies neurodégénératives.

 

Est-ce le spécialiste qui annonce le diagnostic ?

Oui, mais il est recommandé que le médecin généraliste reprenne cette annonce dans un second temps. En pratique, le spécialiste annonce de façon explicite le diagnostic au patient et l’invite à consulter rapidement son médecin traitant. Il adresse à ce dernier, dans un délai de huit jours, un compte rendu de cette consultation d’annonce, dont le contenu a été défini par un arrêté. Le généraliste peut réclamer ce rapport s’il ne l’a pas reçu. Ensuite, à l’occasion d’une consultation longue et spécifique, il évalue ce que le patient a compris et reformule le diagnostic. 

 

FOCUS - Alzheimer_normale

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infographie : Pascal Marseaud


Quel est le rôle du médecin traitant dans la prise en charge et par qui peut-il se faire épauler ?

La prise en charge est multidisciplinaire. Le généraliste en est le pivot. Il effectue le suivi du patient, en lien avec le spécialiste. Il met en place un plan de soins et d’aides, dont le contenu varie selon la situation clinique et sociale du patient. À cet effet, il a la possibilité de se faire aider par un professionnel de la coordination, qui peut être, en fonction des ressources présentes localement : un infirmier libéral ou coordinateur d’un réseau de santé ou d’un service de soins infirmiers à domicile (Ssiad) ; un chargé de coordination d’un Centre local d’information et de coordination gérontologique (Clic) ; un gestionnaire de cas complexes d’une Maison pour l’autonomie et l’intégration des malades Alzheimer (Maia) ; un membre d’une équipe spécialisée Alzheimer (ESA). Au long cours, le généraliste joue un rôle majeur pour juger de l’adéquation entre les moyens mis en place et les besoins du patient et de son entourage. Pour ce faire, une évaluation régulière du patient est nécessaire, mais elle prend du temps. Dans ce cadre, le médecin peut utiliser la « visite longue », introduite à la nomenclature en 2012 et rémunérée à hauteur de 46 euros.

 

Quand hospitaliser un patient atteint d’une maladie d’Alzheimer ?

Les critères d’une hospitalisation programmée sont, par exemple, la nécessité de procéder à des examens complémentaires non réalisables en ambulatoire ou l’existence d’un nouveau problème médical susceptible d’entraîner des troubles du comportement ou une confusion. En urgence, les critères d’hospitalisation sont, notamment, la dangerosité du patient pour lui-même ou son entourage ou, bien sûr, l’existence d’une pathologie intercurrente aiguë grave, menaçant le pronostic vital ou fonctionnel. Dans les situations de crise, avec troubles du comportement aigus, mieux vaut éviter un passage aux urgences et adresser directement le patient à une unité cognitivo-comportementale (UCC), spécialement créée pour ce type de prise en charge. Hors situation de crise, il est possible de recourir à des solutions alternatives à l’entrée en institution spécialisée, comme l’accueil de jour. 

* Propos recueillis par Arielle Fontaine (HAS) & l’agence Citizen Press