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Troubles causés par l'alcoolisation fœtale

11.12.2013

La fréquence du syndrome d’alcoolisation fœtale est estimée en France entre 1 et 2 ‰ dans sa forme complète, et 5 ‰ naissances dans ses formes atténuées, représentant 400 à 1200 cas par an. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies rapportait en 1999 que 3 % des femmes présentaient une consommation d’alcool à risque, et 3,9 % des femmes interrogées en suites de couches déclaraient consommer au moins un verre d’alcool par jour pendant la grossesse lors de l’enquête nationale périnatale de 1998.

L’alcool et ses métabolites ont une double action de toxicité et de tératogénicité. La diffusion transplacentaire est rapide, avec une concentration égale à celle de la mère. La toxicité de l’alcool s’exerce surtout au niveau du cerveau fœtal, avec une action délétère sur son développement à tous les stades.
Initialement décrit en 1989 comme l’association d’un retard de croissance, d’une dysmorphie cranio-faciale et d’anomalies du système nerveux central, les critères diagnostiques se sont affinés et le terme d’« ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale »  (ETCAF, ou Fetal Alcohol Spectrum Disorders, FASD) a été préféré devant le caractère polymorphe du syndrome. Celui-ci comprend à divers degrés une dysmorphie cranio-faciale typique, un retard de croissance harmonieux touchant les os longs en général modéré (5-10ème percentile), des malformations non spécifiques (système nerveux central, ostéo-articulaires, faciales, cardiaques, oculaires, anomalies de l’oreille), un retard mental d’importance variable associé à des troubles du comportement.
Les conséquences cognitives et comportementales pédiatriques des alcoolisations maternelles pendant la grossesse sont bien établies en ce qui concerne les consommations lourdes. Des cohortes « historiques » ont mis en évidence, à l’âge adulte, la survenue de retards mentaux avec une altération du QI entre 12 et 20 points, une prévalence élevée des comportements violents, délictueux et addictifs, un taux important de dépression et de suicide.
Concernant les alcoolisations légères à modérées ou ponctuelles, les données de la littérature sont moins homogènes et ont été encore très récemment nuancées. On considère légères et modérées les consommations respectivement inférieures à 1 et 2 verres par jour. Certaines études très médiatisées en 2010 n’ont pas mis en évidence d’effet délétère cognitivo-comportemental de ces consommations, allant jusqu’à suggérer un effet « protecteur » comparé aux femmes abstinentes, mais avec des limites méthodologiques sérieuses. L’existence d’épisodes de binge drinking (>4 verres en une occasion) en début de grossesse, situation fréquente en pratique clinique, ne semble pas associée à la survenue d’ETCAF.
La méta-analyse de Flak et al. publiée en 2013 analyse la survenue de troubles cognitifs et comportementaux à travers 34 études de bonne qualité. L’analyse conjointe de 8 d’entre elles, représentant 10.000 enfants suivis jusque 14 ans, retrouve cependant une association faible mais significative entre épisodes de binge drinking et augmentation des troubles cognitifs pédiatriques, ainsi qu’une augmentation significative des troubles comportementaux à 5 ans après une analyse sur 11.900 enfants exposés à des consommations gravidiques modérées. Ces données synthétiques sont en légère contradiction avec d’autres travaux récents qui ne montraient pas d’association significative entre alcoolisations légères, modérées ou binge drinking et survenue de troubles comportementaux ou cognitives chez l’enfant ou l’adolescent. La recommandation « zéro alcool pendant la grossesse » doit, au regard de ces discordances, être maintenue.

Le 11 décembre 2013
Philippe DERUELLE, Damien SUBTIL et David VANDENDRIESSCHE
CHRU de Lille- Hôpital Jeanne de Flandres- Université Lille-Nord de France

Déclarations d'intérêts
Consultez la déclaration d’intérêts de P. Deruelle, de D. Subtil et de D. Vandendriessche

Les propos tenus dans cet article sont sous l'entière responsabilité de leur auteur.

Repérer les troubles causés par l'alcoolisation fœtale

Les troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF) regroupent les manifestations qui peuvent survenir chez un individu dont la mère a consommé de l’alcool durant la grossesse. L’atteinte cérébrale en fait toute la gravité.
La forme la plus caractéristique et la plus sévère est le syndrome d’alcoolisation fœtale qui comporte une dysmorphie faciale parfois difficile à mettre en évidence chez le nouveau-né (fentes palpébrales raccourcies, sillon naso-labial lisse, allongé, effacé et lèvre supérieure mince), un retard de croissance non spécifique (taille ou poids ou périmètre crânien) prénatal ou postnatal ou les deux, et des troubles du développement neurologique. La forme clinique la plus fréquente est la forme partielle qui se traduit par des difficultés dans les apprentissages et/ou un trouble des facultés d’adaptation sociale.
L’exposition prénatale à l’alcool représente un facteur de risque d’anomalies à tous les stades de la grossesse, notamment à son début ; ce risque est commun à toutes les variétés de boissons alcoolisées et existe même lors de consommations ponctuelles.
Le repérage concerne, d’une part, les femmes enceintes susceptibles d’avoir un problème de consommation d’alcool et dont l’enfant risque d’être atteint de TCAF et, d’autre part, les enfants à risque susceptibles d’avoir subi les effets d’une exposition prénatale à l’alcool.
Il est donc nécessaire de demander systématiquement aux femmes désirant une grossesse, aux femmes enceintes et aux femmes venant d’accoucher, leurs habitudes de consommation d’alcool et de leur en faire préciser les modalités d’usage et les périodes de consommation au cours de la grossesse. Pour cela il est possible de s’aider de questionnaires comme le FACE, l’AUDIT ou le T-ACE.
Il peut être nécessaire d’orienter les parents d’un nouveau-né ou d’un enfant vers un médecin (ou une équipe pluridisciplinaire) formé au diagnostic des troubles du développement pour son évaluation diagnostique.

(1) Fiche memo – Troubles causés par l’alcoolisation fœtale – Juillet 2013

Le 11 décembre 2013
Dr Mureil DHENAIN – Chef de projet service des bonnes pratiques professionnelles - HAS

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