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La violence des patients en services de psychiatrie… vue par d’autres patients

22.04.2014

Comment les patients en services de psychiatrie « gèrent » la violence des autres patients… et proposent des solutions aux équipes soignantes.

Résumé

Violence en psychiatrie : les patients victimes ou témoins, ces inconnus

Si la littérature scientifique a abordé la fréquence des incidents en services de psychiatrie liés à des moments de violence de certains patients1, le retentissement de ces incidents sur les soignants2 ou le vécu des patients à l’origine d’une agression3, elle parle peu des patients hospitalisés en psychiatrie, témoins ou victimes de la violence d’autres patients. 

Quelques études suggèrent que les patients sont cependant parmi les principales victimes de la violence des patients4 en services de psychiatrie. Des victimes insuffisamment entendues et soutenues comme l’a souligné un rapport de l’IGAS de 20115.

Au quotidien, apprendre à se protéger quand on est un patient en service de psychiatrie 

Comment font ces patients, au quotidien dans un service de psychiatrie où ils côtoient des patients susceptibles d’être parfois violents ? Ils « gèrent les risques » comme montre une étude ethnographique originale, menée sur trois ans dans trois services de psychiatrie en Angleterre6. L’étude décrit les multiples stratégies quotidiennes des patients pour prévenir les risques que peuvent représenter certains patients : se renseigner discrètement sur les nouveaux arrivants (diagnostic, modalité d’entrée : « est-il en hospitalisation d’office ?»), éviter certains lieux pour éviter certains patients, rechercher la compagnie des soignants comme une mesure de protection, tenter de désamorcer les situations de tensions, par exemple en offrant une cigarette… autant de stratégies individuelles de protection dans un environnement qualifié de « volatile » par les chercheurs.
  

Star Wards : propositions d’une patiente vers une démarche de prévention de la violence en service de psychiatrie  

Marion Janner a voulu que son expérience de patient puisse aider les équipes de psychiatrie à mieux faire face au « cycle de violence » qui semblait s’installer dans les services de psychiatrie en Grande-Bretagne. Au milieu des années 2000, en lien avec des professionnels et des spécialistes en recherches infirmières, elle développe un programme d’amélioration, Star Wards, destiné aux équipes de psychiatrie et visant le développement d’une culture de service « thérapeutique »7.   

Le programme cible plus particulièrement deux facteurs des situations de violence : l’ennui et la qualité des relations entre soignants et soignés. 75 propositions concrètes sont formulées.

Pour 188 unités de psychiatrie interrogées en 2009, le programme a permis une amélioration des interactions entre soignants et soignés, du bien-être au travail et une réduction de la violence.

Commentaire

Que peut-on tirer de ces témoignages sur le vécu de ces patients et de cet exemple de démarche proposée dans le contexte particulier du National Health Service ?

  • Les patients en services de psychiatrie sont parmi les principales victimes de la violence des autres patients.
  • Reconnaître le patient (qu’il soit ou non lui-même sujet à des moments de violence) potentiellement agressé par un autre patient ou témoin d’un incident, permet de rompre avec des représentations purement coercitives de la gestion de la violence en psychiatrie. Comme l’écrit Richard Whittington « Cela nous rappelle (…) que la psychiatrie ne peut se résumer à  une simple dichotomie entre « nous » (les professionnels) et « eux » (les patients) mais prend en compte différents patients qui ont des besoins différents de sécurisation psychologique et physique. »8.
  • Toute démarche de prévention de la violence doit prendre en compte les risques auxquels les patients sont exposés. Au-delà, elle doit s’appuyer sur leur point de vue et ceux de leurs représentants pour mieux comprendre les situations de violence et identifier les solutions les plus adaptées.
Anne Depaigne-Loth, Marielle Lafont – Conseillers techniques
 

1 Nijman HL, Palmstierna T, Almvik R, Stolker JJ. Fifteen years of research with the Staff Observation Aggression Scale: a review. Acta Psychiatr Scand 2005;111(1):12-21; rapports de l’Observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS).
2
Lanza, M. (1983). The reactions of nursing staff to physical assault by a patient. Hospital & Community Psychiatry, 34, 44–47.
3
Crowner M, Peric G, Stepcic F, Ventura F Psychiatric patients' explanations for assaults. Psychiatr Serv. 1995 Jun;46(6):614-5.
4
Kraus JE, Sheitman BB. Characteristics of violent behavior in a large state psychiatric hospital. Psychiatr Serv 2004;55(2):183-5.
5
Inspection générale des affaires sociales. Analyse d'accidents en psychiatrie et propositions pour les éviter. Paris: IGAS; 2011.
6
Quirk A, Lelliott P, Seale C. Service users' strategies for managing risk in the volatile environment of an acute psychiatric ward.Soc Sci Med. 2004 Dec;59(12):2573-83.
7
Janner M et al. Safety issues on British mental health wards. 2012. J Am Psychiatr Nurses Assoc; 18; (2): 104-11
8
Richter D. Violence in Mental Health Settings Causes, Consequences, Management; 2006