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Au CHU d’Amiens, la première fois, le patient est toujours un mannequin !

06.04.2016

Ne jamais pratiquer un acte, la première fois, sur un malade : c’est le principe fondateur de la simulation en santé. Cette méthode s’affirme comme un atout majeur pour former les professionnels de santé d’aujourd’hui et de demain. Reportage au CHU d’Amiens qui a récemment inauguré SimuSanté, le plus grand centre européen de simulation polyvalente en santé.

« Le bébé est en détresse respiratoire, son rythme cardiaque s’accélère. Une césarienne est-elle nécessaire ? ». Si la voix n’est pas aussi affirmative qu’elle devrait l’être, c’est parce qu’il s’agit en réalité d’une étudiante en école de sage-femme. Et le nourrisson est un mannequin.

L’exercice du jour consiste à apprendre les gestes et les imprévus de l’accouchement. Dans une salle voisine, un étudiant en médecine pratique un massage cardiaque. Là encore, le « patient » est un mannequin équipé de multiples capteurs. Ses réactions physiques et physiologiques évoluent selon les décisions et l’efficacité des gestes de l’apprenti docteur.
Depuis le 24 février 2016, ces répétitions générales sont quotidiennes au tout nouveau centre de simulation polyvalente en santé du CHU d’Amiens. Le plus grand d’Europe.

« SimuSanté s’inscrit dans les recommandations de la HAS de ne jamais pratiquer la première fois sur le malade », souligne le Pr Christine Ammirati, cheffe du pôle médecine d’urgence et coordinatrice scientifique du projet (25M€). Ici, les erreurs ne sont préjudiciables ni pour le patient, ni pour le soignant.

Simulation en santé – Implication de la HAS

Depuis 2010, la HAS travaille à promouvoir la simulation en santé. Deux enjeux majeurs ont conditionné les travaux réalisés et définissent ceux à venir.
Il s’agit d’une part, de structurer une offre en pleine expansion afin de promouvoir une offre de qualité pour les professionnels de santé, et d’autre part, d’utiliser l’efficacité de la simulation en santé pour améliorer la sécurité du patient.

 

8 000 personnes formées par an

Au cœur du CHU d’Amiens, SimuSanté reconstitue un véritable hôpital virtuel. Sur trois étages (3 600 m2) se répartissent 51 espaces de simulation et 150 mannequins et simulateurs de haute-technologie.

La visite guidée des lieux permet de découvrir des chambres d’hospitalisation, des urgences adultes-enfants, des salles de naissance, de réanimation adulte et nouveau-né, d’imagerie, d’endoscopie, des blocs opératoires (robot de neurochirurgie, simulateur en chirurgie maxillo-faciale).

« La quasi-totalité des salles sont équipées d’une régie multimédia pour faciliter les débriefings vidéo et le e-learning. C’est également une première en Europe », souligne Christine Ammirati.

Chaque année, le centre SimuSanté accueillera près de 8 000 étudiants en médecine, élèves infirmières et sages-femmes, aides-soignants, ainsi que des médecins généralistes, urgentistes, pédiatres dans le cadre de leur formation continue.


Patients et aidants formés

La médecine de ville n’est pas oubliée grâce à un cabinet de médecine libérale, un appartement pour se familiariser avec l’hospitalisation à domicile (HAD) ou encore une pharmacie.

« Des formations sont organisées pour les aidants et des programmes d’éducation thérapeutiques pour les patients », poursuit la cheffe des urgences du CHU d’Amiens.

Une déclinaison mobile baptisée SimuMobile comprend un véhicule équipé de matériels de simulation pour proposer des formations dans des espaces professionnels (crèche, maisons de santé, maisons de retraites, etc.).

Une chose est certaine : au SimuSanté, on ne fait pas semblant d’apprendre.

 

Simulation – Un enjeu professionnel et éthique

Témoignage du Pr Jean-Claude Granry – Chef du pôle anesthésie-urgences-réanimation du CHU d’Angers, et président de la Société francophone de simulation en santé

« La France a rattrapé son retard en matière de simulation en santé. La quasi-totalité des CHU disposent aujourd’hui d’un centre de formation par simulation.

Les guides de bonnes pratiques et d’évaluation de la HAS participent à cette montée en puissance. La formation par simulation constitue un virage pédagogique.

Sur un certain nombre de pratiques, les risques de complication sont diminués après entrainement par simulation.

La simulation participera demain à l’évaluation des professionnels.

L’enjeu est également éthique : il est toujours préférable de s’exercer sur des mannequins, en particulier pour les examens agressifs et invasifs, avant de les réaliser sur les patients. »


Article rédigé par l’agence Citizen Press

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