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Au Québec, le patient-ressource, une nouvelle « recrue » de l’équipe de soin

05.12.2016

Au Québec, d’anciens patients font leur retour à l’hôpital pour accompagner des personnes greffées sur le chemin de la guérison. Les résultats sont prometteurs. Explications avec la professeure canadienne Marie-Pascale Pomey* lors du colloque annuel de la HAS « La dynamique patient, innover et mesurer », en novembre 2016 à Paris. 

 

Depuis 2010, le centre d’expertise en réimplantation et revascularisation microchirurgicale d’urgence (Cevarmu), au Centre hospitalier universitaire de Montréal, fait revenir d’anciens patients auprès de ceux qui sont hospitalisés. « On les appelle patients-ressources, précise Marie-Pascale Pomey, professeure à l’université de Montréal. Ils ont eux-mêmes subi une greffe et une réimplantation après l’amputation d’un membre supérieur. Une fois leur rééducation achevée, ils accompagnent les patients dans leur processus de réadaptation ».

Une relation de confiance se créée entre deux personnes unies par l’expérience commune du traumatisme. « Je raconte mon histoire, il me raconte la sienne et je cherche les réponses qu’il a besoin d’entendre pour briser sa solitude », témoigne Olivier Fortin sur le site Internet du Cevarmu. Cet ex-ébéniste s’est fait réimplanter quatre doigts à la suite d’un accident du travail il y a deux ans. A travers ces discussions, c’est aussi la vie « d’après » qui se dessine. « Après leur accident, les victimes d’amputation envisagent difficilement l’avenir. Le patient-ressource apporte des perspectives, de l’espoir. Le choc traumatique s’atténue », confirme Marie-Pascale Pomey. 

 

Intégrés à l’équipe de soin

Le rôle du patient-ressource dépasse le seul soutien moral. Il s’assure que le patient hospitalisé adhère au plan de réadaptation de 12 mois mis en place par les médecins. On observe d’ailleurs une meilleure observance des traitements prescrits, ainsi qu’une amélioration de la fonctionnalité de la main du patient après la greffe.

« Les patients-ressources sont considérés comme des partenaires à part entière de l’équipe de soin », insiste Marie-Pascale Pomey.
Le « patient-ressource » tire lui aussi bénéfice de ce parrainage. Son accident devient une expérience constructive, valorisante.

« Ce dispositif est encore peu répandu au Québec. Il est surtout présent en santé mentale. Des programmes “patients-ressources”  se développent à travers le Québec en oncologie ou dans la transition entre la pédiatrie et la médecine adulte et d’autres spécialités telles que la transplantation rénale, les grands brûlés », explique Marie-Pascale Pomey. Et de conclure : « Le patient-ressource constitue un moyen prometteur pour améliorer la qualité des soins ». 

* Marie-Pascale Pomey, professeure, département de gestion, d’évaluation et de politique de santé, université de Montréal − Médecin conseil, Institut national d’excellence en santé et services sociaux, Québec, Canada (consultez la DPI).

Les patients, des enseignants comme les autres

« Qui mieux qu’un patient peut expliquer les effets secondaires d’un traitement, l’impact de la maladie sur le quotidien ? », interroge Marie-Pascale Pomey. A l’université de Montréal, plus de 250 patients enseignent à 3 000 étudiants de 13 disciplines (médecine, soins infirmiers, travail social, etc.).

Depuis 2010, 8 000 futurs professionnels de santé et des services sociaux ont été sensibilisés à la dimension humaine de la maladie. De plus, parmi ces patients certains coachent des étudiants au cours de leurs études et participent à la refonte du curriculum des études comme par exemple en médecine.

« La vie avec la maladie et l’expérience du système de soins sont des sources de connaissances. Ils permettent de faire grandir l’empathie des soignants », poursuit-elle.

En Grande-Bretagne, on compte actuellement quatre cents patients-enseignants en activité.

En France, le phénomène commence à prendre forme. Ainsi, depuis un an, une quinzaine de patients ont intégré les rangs de la faculté de médecine de Bobigny (université Paris-XIII). Ils délivrent 260 heures de cours par an aux internes de premier cycle, soit presque autant que les enseignants-médecins avec lesquels ils travaillent en binôme. Des enseignements centrés sur les attentes des patients vis-à-vis de la décision médicale. 

 

Article rédigé par l'agence Citizen press

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