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Conciliation médicamenteuse – Prévenir et intercepter les erreurs

16.01.2017

La conciliation des traitements médicamenteux (ou conciliation médicamenteuse) est une démarche qui permet de prévenir et d’intercepter les erreurs médicamenteuses. Elle repose sur la transmission et le partage d'informations complètes et exactes entre les membres de l'équipe de soins et le patient tout au long de son parcours. La HAS a publié un guide pour faciliter le déploiement de cette démarche en établissement de santé, en lien avec les professionnels de villeExplications d’Isabelle Alquier, conseiller technique à la HAS. 

 

Qu’est-ce que la conciliation médicamenteuse ?

La conciliation des traitements médicamenteux a pour but de sécuriser la prise en charge du patient lors de son parcours de soins. Il s’agit d’une démarche de prévention et d’interception des erreurs médicamenteuses. En mars 2015, le Collège de la HAS l'a définie comme « un processus formalisé qui prend en compte, lors d’une nouvelle prescription, tous les médicaments pris et à prendre par le patient. Elle associe le patient et repose sur le partage d’informations comme sur une coordination pluriprofessionnelle. Elle prévient ou corrige les erreurs médicamenteuses. Elle favorise la transmission d'informations complètes et exactes sur les médicaments du patient, entre professionnels de santé aux points de transition que sont l’admission, la sortie et les transferts ».

Il s’agit d’une démarche principalement menée par les établissements de santé et médico-sociaux mais qui implique fortement les professionnels de soins de ville, les patients, leur entourage et les aidants.

 

Quelles sont les étapes de la conciliation médicamenteuse ?

La HAS a identifié quatre séquences incontournables à sa mise en œuvre : d'abord le recueil des informations sur les médicaments pris ou à prendre par le patient, ensuite la rédaction du bilan médicamenteux synthétisant l’ensemble de ces informations, puis la validation du bilan médicamenteux, enfin, le partage et l’exploitation du bilan médicamenteux.

Ces quatre séquences, qui rythment les activités de la conciliation des traitements médicamenteux ont, chacune, leurs propres objectifs, des modalités pratiques de mise en œuvre et des outils spécifiques.

 

Comment mettre en œuvre la conciliation médicamenteuse ?

Sa mise en œuvre nécessite d'abord de favoriser le lien ville-hôpital. L'implantation de la démarche passe ensuite par huit étapes qui sont précisément décrites dans le guide de la HAS : on peut citer notamment l’institutionnalisation du projet, la réalisation d’une phase pilote, la définition d'un plan de communication, la structuration du système documentaire et du système d'information…

 

Quels sont les bénéfices de cette démarche ?

Les premiers bénéfices sont liés à la continuité et à la qualité des traitements. Ainsi, les traitements ne seront pas interrompus ou modifiés de manière inappropriée au cours de la prise en charge du patient. La conciliation médicamenteuse contribue par ailleurs à une meilleure information du patient et de son entourage, ainsi qu’au bon usage du médicament. L'intérêt est aussi lié à un enjeu de santé publique. La conciliation médicamenteuse participe en effet à la diminution des hospitalisations : en France, les problèmes liés à la thérapeutique médicamenteuse sont à l’origine de 21,7 %[1] des hospitalisations des personnes âgées ; selon deux études[2],  ils constituent aussi le premier motif des réhospitalisations.

 

Conciliation et erreurs médicamenteuses interceptées en chiffres 

  • 21 320 erreurs médicamenteuses interceptées et corrigées chez 22 863 patients de plus de 65 ans hospitalisés après passage aux urgences dans 8 établissements de santé.

  • En moyenne, une erreur médicamenteuse et un changement de traitement non documenté ont été constatés par patient ayant bénéficié de la conciliation lors de son admission.

  • 46 188 situations à risque ont été gérées grâce à la conciliation des traitements médicamenteux chez 27 447 patients conciliés à leur admission dans 9 établissements.

    (Données issues de l'expérimentation « Med’Rec » menée entre 2010 et 2014). 

 

Principales erreurs médicamenteuses répertoriées (selon la nature de l’erreur) 

Sept natures d’erreur sont répertoriées :
  • l’erreur de patient ;
  • l’erreur par omission ;
  • l’erreur de médicament ;
  • l’erreur de dose avec surdose ou sous dose ;
  • l’erreur de modalité d’administration ;
  • l’erreur de moment d’administration ;
  • l’erreur de durée d’administration.
L'erreur principalement évitée grâce à la conciliation est l’omission d’un médicament, suivie des erreurs de dose.Les médicaments cardiovasculaires et les agents antithrombotiques sont les médicaments les plus souvent impliqués dans les erreurs interceptées. 

 

L’expérience internationale des High 5s, un préalable au guide

L’initiative des High 5s est une démarche lancée en 2006 par l’Alliance mondiale pour la sécurité du patient de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’objectif est de réduire cinq problèmes de sécurité pour le patient dont la précision de la prescription des médicaments lors des transitions dans le parcours de soins. Cette thématique a été retenue comme l’un des axes prioritaires par la France (HAS), l’Allemagne, l’Australie, les États-Unis et les Pays-Bas.

En France, pour réaliser ce projet dénommé « Medication Reconciliation » (Med’Rec), neuf établissements de santé volontaires ont expérimenté, de 2010 à 2014, le protocole opérationnel standardisé « Standard Operating Protocol of Medication Reconciliation » (SOP Med’Rec). Les résultats de cette évaluation ont fait l’objet d’un rapport de la HAS en 2015.

 

Article rédigé par Citizen press

 

[1]  Ankri et al. Le risque iatrogène médicamenteux chez le sujet âgé. Gérontologie et société 2002;4(103):93-13.
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