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Hospitalisation des patients âgés – Prévenir la dépendance iatrogène

14.11.2017

La HAS, en collaboration avec le Collège national professionnel de gériatrie (CNPG), a réalisé une fiche points clés intitulée « Prévenir la dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation chez les personnes âgées ». Objectif de ce travail ? Aider les services hospitaliers à intégrer des pratiques adaptées aux besoins spécifiques des personnes âgées. Explications du Dr Albert Scemama, chef de projet à la HAS, et trois questions au Pr Claude Jeandel, président du CNPG.

 

Qu’est-ce que la dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation chez les personnes âgées ? 

La dépendance liée à l’hospitalisation est définie par une perte fonctionnelle pour les activités de base de la vie quotidienne survenue entre l’entrée et la sortie d’hospitalisation. On parle de « dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation » lorsque la dépendance est provoquée par des processus de soins ou par un environnement hospitalier qui ne répondent pas aux besoins spécifiques de la personne âgée. Selon une étude réalisée au centre hospitalier de Toulouse, la dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation des personnes âgées serait de l’ordre de 10 %. Elle serait évitable dans 80 % des cas. 


Quels sont les facteurs de risques contribuant à la dépendance liée à l’hospitalisation ? 

Les principales causes de dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation des personnes âgées sont au nombre de six : le syndrome d’immobilisation, la confusion aiguë, la dénutrition, les chutes, l’incontinence urinaire de novo et les effets indésirables des médicaments. Pour être efficace, il est nécessaire d’agir simultanément sur l’ensemble de ces causes. 

 

Comment limiter le risque de survenue d’une dépendance iatrogène ?

Pour prévenir la dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation, il est nécessaire d’implémenter les bonnes pratiques gériatriques au sein même des services recevant des patients âgés et de remettre en cause certaines pratiques inadaptées en routine hospitalière. Il convient d’adapter les soins, les organisations et l’environnement du service pour répondre aux besoins des personnes âgées hospitalisées. L’objectif est de soigner la pathologie cause de l’hospitalisation tout en évitant les risques de dépendance iatrogène, et de permettre ainsi le retour du patient dans son lieu de vie antérieur. 

 

Comment mettre en œuvre ces mesures ?

Les stratégies d’intervention les plus efficientes sont individualisées et graduées en fonction du statut fonctionnel du patient et de son évolution lors de l’hospitalisation. Ces stratégies se déclinent en général selon trois paliers en fonction du risque et des ressources mobilisées (voir infographie). Elles comprennent des actions préventives et curatives. Elles nécessitent une adaptation de l’environnement, des équipements du service et une amélioration de l’interface ville/hôpital. Pour les mettre en place et les maintenir sur le long terme, il est important que le service hospitalier et l’établissement puissent adapter leur fonctionnement. L’information, la formation et l’accompagnement des équipes, ainsi que le soutien de la direction de l’établissement sont nécessaires. 

 

 Chiffres clés

  • En France, près de 3 millions de personnes âgées de 70 ans et plus sont hospitalisées une ou plusieurs fois chaque année. Les personnes âgées de 70 ans et plus représentent 29 % des séjours hospitaliers en services de soins aigus, soit près de 5,4 millions de séjours.  

 

Hospitalisation des patients âgés – Prévenir la dépendance iatrogène – Trois questions au Pr Claude Jeandel, président du Conseil national professionnel de gériatrie (CNPG)

La  fiche points clés « Prévenir la dépendance iatrogène liée à l’hospitalisation chez les personnes âgées » est le fruit de la collaboration entre la HAS et le CNPG. Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés lors de l’élaboration de ce document ? 

Cette fiche points clés  s’inscrit dans le cadre de la réflexion que nous menons sur les soins aux personnes âgés en risque de perte d’autonomie, qui a permis notamment le déploiement depuis 2014 du Paerpa, le parcours de santé des aînés. Le constat est clair : la durée de séjour hospitalière est plus élevée chez les personnes âgées, notamment si elles présentent des pathologies chroniques. Ces séjours favorisent le déclin fonctionnel : 30 à 60 % des patients de plus de 70 ans vont aggraver leur perte d’autonomie pendant l’hospitalisation et 50 % des situations d’entrée en dépendance font suite à un séjour hospitalier. Il est donc nécessaire d’œuvrer pour améliorer le parcours de soins des personnes âgées, notamment en mettant en place des initiatives adaptées dans les établissements de santé. 

 

Pourriez-vous nous faire un état des lieux succinct de la prise en charge des personnes âgées dans les établissements de santé ? 

Aujourd’hui, un grand nombre d’établissements possèdent une filière gériatrique, mais, dans les faits, celle-ci n’accueille qu’un quart des patients de plus de 75 ans. C’est pourquoi il est essentiel que les bonnes pratiques gériatriques soient instaurées dans l’ensemble des services qui accueillent des patients âgés. 
Les équipes mobiles de gériatrie ont pour vocation d'apporter une expertise gériatrique au sein des services non gériatriques et non de se substituer aux équipes médico-soignantes pour déployer cette démarche de prévention de la dépendance iatrogène. Par leur expertise, elles constituent des cellules d'appui pour les équipes médico-soignantes.
Dans les services de soins qui accueillent des patients âgés, il faudrait désigner un référent gériatrique : il faciliterait l’intégration des bonnes pratiques gériatriques. L’idéal serait aussi de mettre en place une commission gériatrique dans chaque établissement de santé, qui aurait vocation à gérer et à suivre le déploiement de ces bonnes pratiques. Ces initiatives ont pour but d’améliorer la qualité et l’efficience des soins et de réduire les risques de déclin fonctionnel des patients âgés hospitalisés.


En tant que président du CNPG, avez-vous connaissance d’expérimentations en cours ou à venir sur l’implantation des bonnes pratiques gériatriques au sein des établissements de santé ?

Il existe des expérimentations sur le parcours de santé Paerpa dans certaines villes. Par ailleurs, des actions sont mises en place, par exemple sur la prévention des escarres, la prévention des chutes, la polymédication… Mais il s’agit surtout d’actions isolées, alors qu’il faut agir sur l’ensemble des facteurs inducteurs de dépendance.

Cette nouvelle fiche points clés va aider les équipes à optimiser leur organisation pour une mise en œuvre coordonnée et globale.

 

Article et infographie réalisés par Citizen press