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Recommandation sur l’élargissement de la vaccination contre les papillomavirus aux garçons

RECOMMANDATION VACCINALE - Mis en ligne le 16 déc. 2019

À la suite d’une saisine de la direction générale de la santé et de la Ministre chargée de la santé, la Haute Autorité de santé (HAS) et sa Commission Technique des vaccinations (CTV) émettent des recommandations en faveur de la vaccination contre les papillomavirus chez les hommes.

L'essentiel

Au terme de son évaluation, la HAS est favorable à l’élargissement de la vaccination contre les papillomavirus chez les garçons dans le calendrier vaccinal français et recommande :

  1.  L’élargissement de la vaccination anti-HPV par GARDASIL 9® (9HPV) pour tous les garçons de 11 à 14 ans révolus selon un schéma à 2 doses (M0, M6).
  2.  Un rattrapage possible pour tous les adolescents et jeunes adultes de 15 à 19 ans révolus selon un schéma à 3 doses (M0, M2, M6).
  3.  Le maintien d’une recommandation vaccinale spécifique par GARDASIL 9® (9HPV) pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes jusqu’à 26 ans révolus selon un schéma à 3 doses (M0, M2, M6).

La HAS estime que cet élargissement de la vaccination anti-HPV aux garçons, au-delà de la protection conférée aux garçons vaccinés, permettrait aussi, sous réserve d’une couverture vaccinale suffisante, de freiner la transmission des papillomavirus au sein de la population générale, de mieux protéger les filles et femmes non vaccinées, et enfin de mieux protéger les garçons et hommes quelle que soit leur orientation sexuelle. La vaccination universelle permettrait également d’atteindre plus facilement les HSH en évitant toute stigmatisation, à un âge où leur préférence sexuelle n’est soit pas connue (par l’individu et son entourage), soit pas affirmée.

La HAS appelle donc à une politique vaccinale plus engagée et recommande :

  • Une proposition vaccinale plus systématique de la part des professionnels de santé par la mise en œuvre de réels programmes de vaccination, à l’image des programmes organisés de dépistage, et une consultation santé sexuelle auprès de chaque adolescent intégrant notamment la vaccination contre les HPV.
  • La mise en œuvre d’actions ayant pour objectif de restaurer la confiance vis-à-vis de cette vaccination auprès du public et des professionnels de santé par la diffusion de campagnes publiques d’information, y compris auprès des professionnels de santé, visant à éclairer au mieux les parents, les adolescents et les publics vulnérables sur les bénéfices escomptés et la sécurité de la vaccination, lever les craintes sur les effets secondaires de la vaccination et réduire l’hésitation vaccinale.
  • Un accès facilité à la vaccination ainsi qu’une prise en charge intégrale de la vaccination pour pallier aux inégalités socio-économiques constatées. A cette fin, la vaccination doit être proposée dans des lieux multiples, en particulier dans les lieux fréquentés par les populations les plus défavorisées et dans des conditions permettant l’absence d’avance de frais. Les expériences de vaccination en milieu scolaire sont aussi de nature à augmenter la couverture vaccinale des adolescents et à réduire les inégalités socio-économiques.
  • Des mesures spécifiques pour renforcer la couverture vaccinale des HSH pour permettre une meilleure information des HSH et un accès facilité à la vaccination.

Cet avis est susceptible d’être révisé en fonction de l’évolution des données disponibles d’une part et de la disponibilité des vaccins contre les HPV au niveau mondial d’autre part.

Principaux éléments pris en considération

La HAS a pris en considération les principales données disponibles pour ces vaccins qui sont détaillées dans cette évaluation notamment :

  • La couverture vaccinale contre les HPV qui reste insuffisante (<30 %) en France au regard des objectifs fixés à 60 % par le plan cancer 2014-2019.
  • La survenue d’environ 1750 nouveaux cas de cancers HPV-induits chaque année en France chez l'homme (anus, pénis et plus fréquemment oropharynx) avec un risque d’infection particulièrement élevé chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.
  • Un fardeau de maladies induites par les papillomavirus restant majoritairement porté par les femmes avec environ 4580 nouveaux cas de cancers par an en France (col de l’utérus, vulve, vagin, anus et oropharynx).
  • le vaccin GARDASIL 9® (9HPV) a démontré son efficacité sur les lésions précancéreuses et cancéreuses liées aux HPV et dans la prévention des condylomes génitaux jusqu’à 26 ans.
  • Le profil de sécurité des vaccins chez l’homme est similaire à celui observé chez la femme, et de nombreuses études étayent désormais l’absence de lien entre la vaccination et la survenue de maladies auto-immunes.
  • Les pays qui ont obtenu une couverture vaccinale élevée constatent aujourd’hui les bénéfices de la vaccination tant chez les filles vaccinées que chez les garçons non vaccinés et indirectement protégés même si le recul reste insuffisant pour évaluer l’impact de cette vaccination sur les cancers du col de l’utérus et ano-génitaux HPV-induits.
  • Une dynamique en faveur de l’élargissement de la vaccination contre les HPV chez les garçons est observée en Europe, la couverture vaccinale des garçons est toutefois restée inférieure à celle des filles.
  • L’augmentation de la couverture vaccinale des filles reste la stratégie la plus coût-efficace par rapport à la vaccination des filles et des garçons ; mais le ratio coût-efficacité de cette dernière est plus favorable lorsque la couverture vaccinale des filles est faible (comme c’est le cas en France). En l’absence de modèle spécifique adapté à la situation française, la question du ratio coût-efficacité de la vaccination des filles et des garçons en France reste cependant à évaluer.
  • La vaccination des garçons est perçue très favorablement par les médecins généralistes qui la citent comme le principal levier pour augmenter la couverture vaccinale. Recommander cette vaccination.sans considération de genre et d'orientation sexuelle facilitera la proposition vaccinale.
  • Elle est également perçue favorablement par les parents, même si une proportion élevée resterait indécise vis-à-vis de cette vaccination.
  • Les principaux freins actuels à la vaccination contre les HPV identifiés étant l’absence de proposition systématique par un médecin et les doutes sur la sécurité du vaccin.
  • D’un point de vue éthique, la vaccination des garçons est un élément qui contribue à réduire les inégalités hommes-femmes en matière de prévention en santé, en permettant aux jeunes garçons de participer à la baisse globale de la transmission des papillomavirus. Par ailleurs, les HSH ne peuvent bénéficier de l’immunité de groupe résultant de la seule vaccination des jeunes filles et sont à ce jour insuffisamment vaccinés.

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