Affections podologiques

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Podologie en médecine de 1er recours & orientation vers le podologue

Article HAS - Mis en ligne le 08 déc. 2020

Un examen clinique régulier, par le médecin traitant, des pieds et de l’appareil locomoteur des patients souffrant de certaines pathologies, quel que soit leur âge, est essentiel. Il permet d’éviter les complications inflammatoires ou infectieuses et de réduire les risques de chute. Le parcours de soins de ces patients peut les amener à consulter ensuite un pédicure-podologue, que ce soit à titre préventif ou curatif. 

L’essentiel

  • La prévention du risque podologique consiste à pratiquer un examen clinique minutieux des pieds des patients et à repérer les patients à risques de chutes, fragiles ou en perte d’autonomie pour adapter leur prise en charge.

  • La prévention du risque podologique nécessite aussi un suivi régulier des patients atteints de certaines maladies qui peuvent engendrer des affections podologiques (diabète, arthrose, obésité, affections neuro-dégénératives, patients sous traitements anticancéreux).

  • L’orientation vers un pédicure-podologue des patients à risques est recommandée.

Prise en charge des affections podologiques

Le recours spontané des patients aux professionnels de santé, notamment au pédicure-podologue, en cas de symptômes podologiques du pied est insuffisant. Il est pourtant essentiel qu'un examen minutieux des pieds des patients soit réalisé et que le médecin traitant recherche systématiquement d’éventuelles affections podologiques

L’orientation du patient par le médecin traitant vers un pédicure-podologue

L’orientation du patient vers le pédicure-podologue est recommandée en cas de perte d’autonomie induite par des maladies identifiées, en cas d'incapacité à s'occuper de lui, de ses soins d'hygiène du pied, tels que la coupe des ongles, de troubles de la marche, de troubles statiques, ainsi que pour le dépistage du risque podologique ou les effets secondaires cutanés de certains traitements anticancéreux.
Le pédicure-podologue pourra aussi être sollicité pour intervenir auprès des patients souffrant d'autres pathologies.

 

Le repérage des patients à risques

Les patients fragiles
Parmi les patients âgés, la fragilité est un facteur à rechercher. C’est un marqueur de risque de mortalité, de perte d’autonomie, de chutes, d’hospitalisation et d’institutionnalisation.
Un outil de repérage pour identifier les patients « fragiles » est proposé dans les recommandations (annexe 5). Par ailleurs, une fiche points clés & solutions, intitulée « Comment repérer la fragilité en soins ambulatoires » a aussi été réalisée par la HAS sur ce sujet.
En cas de fragilité, une démarche d’accompagnement multidimensionnelle et pluriprofessionnelle en hospitalisation de jour pourra être proposée au patient. Avec comme objectifs : la correction des troubles statiques et dynamiques de la posture et de la marche, la prévention du risque de perte d’autonomie et l’évitement des chutes.

La détection des patients en perte d’autonomie
Le médecin traitant est souvent le premier recours des personnes âgées en situation de perte d’autonomie du fait de pathologies identifiées. Ainsi, il est le plus à même de repérer les patients qui éprouvent des difficultés à assurer seuls des soins d’hygiène des pieds et de les orienter, si nécessaire, vers un pédicure-podologue.

La détection du risque de chute
Il est essentiel de rechercher les facteurs prédisposants et précipitants les risques de chutes dès l’âge de 60 ans.

Les facteurs prédisposants à rechercher :
‒ âge 80 ans et plus ;
‒ sexe féminin ;
‒ antécédent de chutes ;
‒ antécédent de fractures traumatiques, d’insuffisance osseuse ;
‒ douleur (court-circuitant l’information proprioceptive) ;
‒ polymédication ;
‒ psychotropes, diurétiques, antiarythmie ;
‒ trouble de la marche ou de l’équilibre ;
‒ diminution de la force ou de la puissance musculaire des membres inférieurs ;
‒ IMC < à 21 kg/m2 ou > à 30 kg/m2 ;
‒ hypotension orthostatique ;
‒ arthrose du rachis et des membres inférieurs ;
‒ déformations des pieds, présence de kératoses douloureuses ;
‒ troubles de l’appareil locomoteur ;
‒ troubles de la sensibilité des pieds ;
‒ baisse d’acuité visuelle ;
‒ syndrome dépressif ;
‒ déclin cognitif ;
‒ sarcopénie.

Les facteurs précipitants à rechercher :
‒ les pathologies associées : cardiovasculaires, neurologiques, vestibulaires, métaboliques (déshydratation) ;
‒ les facteurs environnementaux : éclairage, encombrement et configuration du lieu de vie, chaussage ;
‒ les addictions.

Deux outils sont disponibles pour identifier les sujets à risque de chute : le test timed up & go (risque de chute si ≥ 20 secondes) et le test (appui ou station) unipodal réalisé sur la jambe de son choix (le seuil de normalité est de 5 secondes). L’utilisation systématique de ces tests est recommandée chez tous les patients à partir de 60 ans.
Une démarche multidimensionnelle et pluriprofessionnelle est indispensable pour rechercher des facteurs somatiques, fonctionnels, psychologiques et sociaux associés au risque de perte d’autonomie.

Les patients diabétiques
Ces patients ont un risque accru de plaies pouvant conduire à des amputations. Un dépistage annuel du risque podologique est donc recommandé. Ce dépistage, qui conditionne le remboursement des soins, permet de grader le risque et de définir une stratégie de prévention adaptée et d'orienter vers une prise en charge spécifique (cf. l’article « Affection podologique & diabète : un suivi pluriprofessionnel »

Les patients présentant une obésité
L’obésité augmente le risque de développer des arthroses, des tendinites, une fasciite plantaire, des déformations de l’avant-pied... Cela peut engendrer une perte d’autonomie, une réduction du périmètre de marche et une augmentation des hospitalisations.
Des troubles de l’équilibre (statiques ou dynamiques) peuvent aussi apparaître chez ces patients.

Les patients ayant des effets secondaires sous traitements anticancéreux
Certains traitements anticancéreux peuvent provoquer des affections cutanées, unguéales et péri-unguéales (syndrome main-pied, onycholyse, paronychie). Ces affections peuvent engendrer une dégradation de la qualité de vie et induire une mauvaise observance du traitement (cf. article « Podologie & cancer, prévenir les effets secondaires des traitements ».

Les patients atteints de maladies neuroévolutives
Chez les patients touchés par la maladie d'Alzheimer, par exemple, l’orientation vers un pédicure-podologue permet d'évaluer la présence d’une douleur à travers les échelles comportementales et de sensibiliser les aidants aux conseils de chaussage et d’hygiène des pieds.
Pour ceux atteints de la maladie de Parkinson et syndromes apparentés, une orthèse plantaire pourra leur être proposée afin d’augmenter leur stabilité et leur équilibre.

Les patients atteints de pathologies rhumatismales
Un bilan diagnostic en pédicurie-podologie des patients touchés par des affections rhumatismales permet d’évaluer leurs besoins pour réduire leur douleurs chroniques (soins instrumentaux ou orthétiques, chaussures adaptées, cannes...).

 

La coordination professionnelle est essentielle

Les affections podologiques peuvent concerner toutes les classes d’âges, la coordination entre les différents professionnels concernés est donc capitale. Elle permet d’améliorer le parcours de soins et la qualité de vie des patients.

 

Rédaction Arielle Fontaine (HAS) & Citizen press