Diagnostic et évaluation des troubles schizophréniques - Note de cadrage
Contexte
Dans le cadre de son programme de travail santé mentale et psychiatrie 2025‑2030, la Haute Autorité de Santé (HAS) a prévu l’élaboration de recommandations de bonne pratique portant sur les troubles schizophréniques. Un premier volet portera sur le diagnostic et l’évaluation des troubles schizophréniques, un second sur la prise en charge médicamenteuse et non médicamenteuse de ces troubles. Ils s’articuleront avec les travaux sur la recommandation en cours d’élaboration sur le repérage et la prise en charge des personnes présentant un premier épisode psychotique ou une vulnérabilité à un trouble psychotique.
Ces travaux s’inscrivent dans une approche orientée vers le rétablissement, c’est-à-dire reconnaissant et favorisant la capacité des personnes à construire une vie satisfaisante en prenant en compte leurs vulnérabilités tout en s’appuyant sur leurs forces et leurs ressources.
Les troubles schizophréniques
Selon une estimation publiée en 2025 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les troubles schizophréniques toucheraient environ 23 millions de personnes dans le monde, soit un adulte sur 233 (0,43 %).
Les troubles schizophréniques sont caractérisés par :
- une pluralité de symptômes plus ou moins associés entre eux (symptômes « positifs » (ex : hallucinations), symptômes « négatifs » (ex :avolition), désorganisation (ex :troubles du cours de la pensée), troubles cognitifs), d’intensité variable ;
- une grande diversité de trajectoires évolutives
- un impact fonctionnel variable d’une personne à l’autre.
S’il existe une proportion importante de rémissions (plus de 20 % des cas), ces troubles, survenant souvent au début de l’âge adulte, affectent le plus souvent les trajectoires de vie (risques d’interruption d’études ou d’activités professionnelles, risque de perte d’autonomie, impacts sur la vie familiale).
Un délai prolongé d’accès au diagnostic et aux soins constitue un facteur pronostique défavorable pour l’évolution des troubles. L’accès précoce à un diagnostic de qualité et à des évaluations adaptées est déterminant pour la trajectoire de rétablissement des personnes présentant des troubles schizophréniques. Or, la durée de psychose non traitée est encore de 18 mois à 2 ans en France. Ces délais sont liés à plusieurs facteurs, notamment l’hétérogénéité des pratiques professionnelles, les difficultés à repérer les signes psychotiques surtout lorsqu’ils s’installent insidieusement ainsi que la stigmatisation et l’autostigmatisation associées aux troubles mentaux.
Enjeux
- Améliorer la précocité et la qualité du diagnostic, afin de réduire les délais d’accès aux soins et la durée de psychose non traitée
- Réduire les inégalités d’accès à un diagnostic et une évaluation de qualité
- Harmoniser les pratiques professionnelles diagnostiques et évaluatives sur l’ensemble du territoire
- Favoriser la coordination des interventions et l’articulation avec les dispositifs territoriaux existants
- Soutenir le rétablissement des personnes vivant avec des troubles schizophréniques ainsi que leurs proches
- Lutter contre la stigmatisation et prévenir l’autostigmatisation
Objectifs
Les recommandations auront pour objectif de définir un cadre de référence partagé pour le diagnostic et l’évaluation des troubles schizophréniques, fondé sur les données scientifiques disponibles et articulé avec les autres travaux de la HAS dans le champ de la psychiatrie et de la santé mentale.
Elles viseront notamment à :
- Permettre aux acteurs de première ligne (soins primaires, services d’urgences, secteur social et médico‑social, services de santé scolaire et étudiante, médecine du travail, proches) d’identifier les signes d’alerte de troubles schizophréniques et les modalités d’orientation vers une évaluation spécialisée
- En tenant compte des stades de la maladie et des spécificités liées à l'âge, définir, pour les équipes spécialisées :
- les modalités de diagnostic fondées sur des outils standardisés et validés
- les composantes du bilan initial visant notamment à identifier les facteurs de risque et les comorbidités nécessitant une attention particulière, en précisant la place de l’imagerie et des examens génétiques
- les modalités d’annonce du diagnostic et d’accompagnement de la personne et de ses proches en s’appuyant sur le guide HAS sur l’annonce d’un diagnostic psychiatrique sévère
- les modalités d’une évaluation multidimensionnelle intégrant les dimensions clinique, somatique, cognitive, fonctionnelle, sociale et environnementale, première étape d’un projet de réhabilitation psychosociale ayant pour perspective le rétablissement de la personne
- les modalités de réévaluation au cours du suivi pour adapter le cadre de soins aux évolutions cliniques mais aussi à celles des choix, attentes et projet de vie de la personne.
- Préciser :
- le rôle des différents acteurs impliqués dans l’orientation, le diagnostic et l’évaluation ainsi que leur coordination
- l’articulation entre le diagnostic, l’évaluation et l’initiation rapide d’une prise en charge adaptée.
Certaines situations (schizophrénie à début précoce, prises en charge des addictions dans leur ensemble, périnatalité, personnes en situation de grande précarité, personnes en soins sans consentement en ambulatoire) relèvent du champ d’autres recommandations, publiées ou en cours, et ne seront pas explorées spécifiquement.
Publics concernés
- Les personnes vivant avec des troubles schizophréniques et leurs proches.
- Les professionnels de la psychiatrie et de la santé mentale.
- Les professionnels des soins primaires, des urgences, ainsi que des secteurs social et médico‑social.
- Les acteurs institutionnels et territoriaux impliqués dans l’organisation des parcours de soins.
Organisation des travaux
Les travaux seront conduits par un groupe de travail pluridisciplinaire associant professionnels, personnes concernées et proches. Ils s’appuieront sur une analyse critique de la littérature scientifique, des auditions d’experts (y compris des personnes concernées) et une phase de lecture élargie.
Les livrables prévus sont :
- Une recommandation de bonne pratique
- Un argumentaire scientifique
- Une fiche synthétique
- Des fiches outils, en fonction des besoins identifiés par le groupe de travail.
Le calendrier prévisionnel prévoit un lancement des travaux en 2026, pour une publication des recommandations fin 2027.
