24 juin 2026

HAS STC


La chlordécone est un insecticide toxique pour l’humain et très persistant dans l’environnement, dont l’autorisation aux Antilles a pris fin en 1993. En raison de ses propriétés et des conditions locales (sols, climat, géologie), elle reste durablement présente dans les sols et les eaux, où elle contamine la faune, la flore et par conséquent l’alimentation et peut ainsi affecter la santé, dès la vie prénatale et jusqu’à l’âge adulte. À la demande du ministère chargé de la santé, la Haute Autorité de santé (HAS) a élaboré en partenariat avec la société de toxicologie clinique (STC) une recommandation de bonne pratique à destination notamment des professionnels de santé pour identifier les populations concernées par le dosage de la chlordéconémie et améliorer la qualité de l’accompagnement et le suivi des patients.

La chlordéconémie correspond à la concentration en chlordécone dans le sang. Elle reflète l’imprégnation à un instant précis d’une personne, influencée par l’exposition au chlordécone au cours des trois années précédentes. Des études menées en Guadeloupe ont mis en évidence des effets de l’exposition prolongée à la chlordécone sur la santé, chez les enfants comme chez les adultes. Chez l’enfant, cette exposition est associée à des effets sur le développement (cognitif, moteur et visuel), la croissance, ainsi que sur certaines fonctions hormonales. Chez la femme enceinte, elle peut entrainer des effets sur le déroulement de la grossesse (augmentation du délai pour concevoir un enfant ou risque de prématurité). Chez l’homme, elle est associée à une augmentation du risque de cancer de la prostate.

Depuis 2008, les pouvoirs publics ont instauré un plan chlordécone afin d'approfondir les connaissances relatives à l’utilisation de ce pesticide et d’agir pour protéger les populations. La quatrième phase de ce plan (2021-2027) a pour objectif de protéger la santé de la population en donnant la possibilité aux personnes potentiellement exposées de doser gratuitement la concentration de chlordécone dans le sang. La HAS publie dans ce cadre une recommandation à destination des professionnels de santé pour préciser la pertinence et les modalités de ce dosage, ainsi que les axes de la prise en charge et du suivi des patients concernés.

 

Proposer un dosage de la chlordéconémie aux populations à risques

L’exposition chronique à la chlordécone concerne l’ensemble des personnes résidant ou ayant résidé au moins six mois en Guadeloupe ou en Martinique. Parmi celles-ci, le dosage de la chlordéconémie est préconisé chez les personnes qui sont à risque de surexposition ou particulièrement vulnérables à la chlordécone. Ainsi, la HAS recommande de prescrire, dans le cadre d’une prise de décision partagée[1], un dosage de la chlordéconémie aux populations suivantes :

  • Les enfants de moins de 7 ans, en particulier ceux qui résident dans des maisons individuelles avec jardin ou qui fréquentent des aires de jeux ou de loisirs des zones contaminées, où le sol est accessible ;
  • Les personnes de plus de 7 ans résidant dans des zones contaminées, d’autant plus si elles ont l’habitude de se ronger les ongles ou ont un pica[2];
  • Les travailleurs agricoles des exploitations agricoles en zones contaminées ;
  • Les couples ayant un projet de grossesse, exprimé en consultation préconceptionnelle ;
  • Les femmes enceintes[3];
  • Les nouveau-nés, via une mesure de la chlordécone dans le sang du cordon, après une chlordéconémie détectable chez la mère au cours de la grossesse.

 

Des clés pour prévenir et surveiller l’exposition à la chlordécone

Le meilleur moyen de limiter la contamination à la chlordécone est de réduire l’exposition aux produits potentiellement contaminés. En l’absence de nouvelle exposition, la quantité de chlordécone dans le sang diminue de moitié après environ 130 jours (4,5 mois) et disparaît complètement en près de 3 ans.
La HAS recommande d’appliquer des actions de réduction de l’exposition à la chlordécone selon deux niveaux, en fonction des résultats issus du dosage :

  • Dès lors que la chlordéconémie est détectable : il est préconisé que le professionnel prescripteur du dosage fournisse des informations individualisées en consultation à l’aide d’un questionnaire sur les habitudes alimentaires et le comportement ;
  • En cas de chlordéconémie supérieure à 0,4 µg/L : le prescripteur du dosage peut, dans le cadre d’une prise de décision partagée avec son patient, soit suivre la conduite à tenir pour le seuil d’action précédent, soit l’orienter vers un centre régional des pathologies professionnelles et environnementales (CRPPE).

La HAS rappelle par ailleurs que les conseils formulés par l’Anses[4] visant à limiter l’exposition à la chlordécone s’appliquent à toute la population, même en l’absence de dosage préalable.
Elle rappelle également que l’allaitement n’est pas contre-indiqué, quelle que soit la chlordéconémie de la mère. Elle recommande par ailleurs de renforcer la formation des médecins généralistes et autres professionnels de santé de la Guadeloupe et de la Martinique sur les modalités d’exposition à la chlordécone, ses effets sur la santé et la surveillance nécessaire des personnes concernées. Enfin, en cas de chlordéconémie positive, un nouveau dosage est recommandé après six mois afin d’évaluer l’évolution du taux d’imprégnation et l’efficacité des mesures mises en place pour réduire l’exposition. Selon les résultats obtenus, le suivi doit être adapté :

  • En cas de diminution de la chlordéconémie, un contrôle annuel est recommandé ;
  • En cas de stagnation ou d’augmentation de la chlordéconémie, un nouveau dosage doit être réalisé six mois plus tard.

La HAS recommande aux pouvoirs publics que le dosage pour les populations cibles soit accessible sans avance de frais, ainsi que pour les autres personnes souhaitant connaitre leur niveau d’exposition.
Après passage sous la limite de détection de la chlordéconémie, il est préconisé de maintenir les recommandations d’éviction de produits contaminés et de modification des comportements à risque d’exposition. Un dosage de contrôle annuel de la chlordéconémie peut être proposé par le prescripteur.
La HAS précise qu’en l’absence de données scientifiques robustes, aucun traitement ne peut, à ce jour, être recommandé pour diminuer la chlordéconémie.


[1] La prise de décision partagée vise à associer activement le patient aux choix concernant sa santé. Elle s'appuie sur un dialogue entre le professionnel de santé et le patient, fondé sur une information claire et accessible, afin de parvenir à une décision éclairée tenant compte à la fois des données scientifiques et des préférences de la personne.
[2] Ingestion persistante de substances non alimentaires (ex. terre), non expliquée par le développement ou une pratique culturelle

[3] Toute durée de séjour en Guadeloupe et Martinique est à prendre en compte chez la femme enceinte en raison de sa vulnérabilité et des risques potentiellement encourus
[4] AVIS de l'Anses relatif à la réévaluation des risques sanitaires prenant en compte la construction et la mise à jour de valeurs sanitaires de référence (externe et interne) du chlordécone

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