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Conciliation médicamenteuse : un enjeu clé en cancérologie

Article HAS - Mis en ligne le 02 mai 2019

La conciliation des traitements médicamenteux est une démarche essentielle pour prévenir les erreurs médicamenteuses et faciliter l’adhésion du patient à son traitement. Après la publication en 2017 du guide « Mettre en œuvre la conciliation des traitements médicamenteux en établissement de santé » et sa mise à jour en 2018, la HAS s’engage à accompagner les professionnels dans cette démarche en cancérologie. Explications d’Isabelle Alquier, conseiller technique à la HAS, sur le guide intitulé « La conciliation des traitements médicamenteux en cancérologie » (mars 2019).

 

Qu’est-ce que la conciliation des traitements médicamenteux ?

La conciliation des traitements médicamenteux est un processus formalisé qui prend en compte, lors d’une nouvelle prescription, tous les médicaments pris et à prendre par le patient. Elle est mise en œuvre à l’admission en établissement de santé, à la sortie avec le retour à domicile et lors des transferts. La conciliation repose à la fois sur une bonne coordination entre les professionnels de santé et sur la participation du patient pour faire en sorte que les informations transmises soient complètes.
L’objectif principal de la conciliation est de prévenir ou d’intercepter les erreurs médicamenteuses. En associant le patient à cette démarche, sa confiance dans sa prise en charge est renforcée et son adhésion au traitement est améliorée. Il est donc essentiel de prendre en compte son point de vue : ses besoins, ses difficultés avec le traitement, les effets secondaires, les éventuels recours aux thérapies complémentaires et compléments alimentaires…

 

Quelles sont les spécificités de la conciliation des traitements médicamenteux en cancérologie ?

À l’hôpital, la chimiothérapie représente 40,8 % des séances et des séjours en cancérologie qui elle-même est à l’origine d’un quart de l’activité hospitalière. En ville, la part des médicaments anticancéreux continue de progresser et atteint 10 % du montant remboursé pour les médicaments délivrés en officine en 2017. Par ailleurs, les différents plans cancer ont conduit à de nouveaux modes de prise en charge des patients et à de nouvelles organisations pour les professionnels de santé : hospitalisations itératives et de plus courtes durées, séances de chimiothérapie en hôpital de jour et en hospitalisation à domicile (HAD), multiplicité des intervenants et des prescripteurs, recours régulier aux soins de support, polymédication… Dans ce contexte, la conciliation des traitements médicamenteux en cancérologie est une démarche essentielle. C’est d’autant plus vrai que les molécules utilisées en chimiothérapie peuvent régulièrement être à l’origine d’erreurs médicamenteuses dont les « surdosages » ou « sous-dosages », d’interactions médicamenteuses, d’effets indésirables.

 

Quel est l'objectif recherché de la conciliation des traitements médicamenteux en cancérologie ?

La conciliation des traitements médicamenteux vise à optimiser les prescriptions. D’abord en s’assurant de la prescription de l’ensemble des traitements associés à la chimiothérapie – hydratation, prémédication et médicaments symptomatiques – et en permettant d’adapter la posologie dès que c’est nécessaire. La conciliation a également pour objectif de prévenir les erreurs médicamenteuses lors de l’initiation ou en cours d’un traitement anticancéreux, au schéma d’administration parfois complexe, tout en tenant compte de l’ensemble du traitement habituel du patient. Cela permet de renforcer la confiance du patient dans sa prise en charge thérapeutique. Au final, la conciliation des traitements médicamenteux garantit la continuité de la prise en charge thérapeutique, sécurise et fluidifie le parcours du patient atteint de cancer.

 

Quels sont les meilleurs moments pour mettre en place cette démarche de conciliation dans le cadre d’un parcours du patient atteint de cancer ?

Les moments les plus opportuns se situent au début du traitement ou à des étapes clés du suivi : consultation avec le cancérologue, hospitalisation de jour et hospitalisation complète.
Lors de l’initiation du traitement, la conciliation peut être mise en place lors de l’évaluation gériatrique en cancérologie, pendant la consultation de primo-prescription d’un anticancéreux oral, ou le premier jour de la première cure d’un traitement de chimiothérapie ou encore au moment de l’inclusion dans un essai clinique.
Pendant le suivi, les moments les plus appropriés seront le renouvellement de la prescription d’une cure, le changement de traitement, la consultation de réévaluation du protocole de chimiothérapie anticancéreuse, la mise en route d’une chimiothérapie en établissement de santé avec le relais par une hospitalisation à domicile ou les évènements identifiés comme étant des signes d’alerte.
Enfin, la dispensation en ambulatoire des médicaments anticancéreux au patient peut constituer un moment opportun dès lors qu’elle est réalisée par la pharmacie d’officine ou par la pharmacie hospitalière lors de la rétrocession.

 

* Propos recueillis par Arielle Fontaine (HAS) & Citizen press 

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